Le Tunindex franchit un nouveau cap historique en dépassant les 21 000 points. Une performance saluée par les investisseurs et présentée comme le signe d’une Bourse tunisienne en pleine santé. Mais derrière l’euphorie des chiffres se cache une question de fond : cette envolée reflète-t-elle réellement la vigueur de l’économie nationale ou traduit-elle essentiellement la puissance du secteur financier ? Depuis plusieurs mois, ce sont les banques, les compagnies d’assurance et les sociétés financières qui tirent la cote vers le haut. Leurs résultats records alimentent la hausse de leurs actions, lesquelles représentent une part importante de la capitalisation boursière. Le mécanisme est connu. Les établissements financiers réalisent des bénéfices élevés, distribuent des dividendes attractifs et attirent les investisseurs. Dans le même temps, ces mêmes institutions interviennent sur le marché, directement ou à travers leurs filiales, leurs SICAV ou leurs fonds d’investissement. Elles contribuent ainsi à soutenir les cours… qui renforcent à leur tour la valeur de leurs portefeuilles.
Une boucle qui s’autoalimente. Ce cercle peut être vertueux lorsqu’il finance l’économie réelle et favorise l’investissement productif. Mais il peut aussi devenir un cercle vicieux si la création de richesse reste concentrée dans le secteur financier, tandis que l’industrie, l’agriculture, les exportations ou les PME peinent à suivre le même rythme. Une Bourse en hausse n’est pas toujours le miroir fidèle de l’économie. Lorsque les performances sont essentiellement portées par les établissements financiers, le risque est de voir se creuser l’écart entre la valorisation des actifs financiers et la réalité du tissu économique. Le véritable défi pour la place financière de Tunis n’est donc pas seulement de battre des records boursiers.
Il est de faire en sorte que cette dynamique bénéficie à l’ensemble de l’économie, en favorisant l’introduction de nouvelles entreprises, la diversification sectorielle et le financement de projets créateurs de valeur. Le franchissement des 21 000 points constitue sans doute une bonne nouvelle. Mais la véritable question demeure : assistons-nous à la victoire de l’économie tunisienne… ou simplement à celle de son secteur financier ?





















