Les bourses africaines ont nettement surperformé le reste du monde en 2025. Dans son rapport publié le 6 novembre 2026, l’OCDE rappelle pourtant que les marchés de capitaux du continent restent petits, peu liquides et sous-utilisés pour financer le développement.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a rendu public ce vendredi 6 novembre son Africa Capital Markets Report 2026. Le rapport examine comment les marchés de capitaux africains ont traversé les chocs mondiaux et les incertitudes géopolitiques récentes, fait le point sur les évolutions dans la région et fixe des priorités pour approfondir ces marchés.
Une performance boursière remarquable
Le premier constat est positif. Les marchés actions africains ont connu une très bonne année 2025, et la tendance s’est poursuivie en 2026. La capitalisation boursière du continent a augmenté de 49 % en 2025, contre 20 % pour l’ensemble des pays émergents et 21 % au niveau mondial.
Fin 2025, les sociétés cotées africaines représentaient une capitalisation de 836 milliards de dollars, soit 43 % du PIB de la région. Cette richesse est cependant très concentrée : l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte et le Nigeria pèsent à eux quatre 88 % du total. Les autres places du continent, dont la Bourse de Tunis, se partagent donc à peine 12 % de la capitalisation africaine.
Sur le plan du financement souverain, la situation s’améliore aussi. Les coûts d’emprunt en devises ont globalement baissé, et les principaux émetteurs souverains, notamment l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, ont vu leur note de crédit relevée. Les émissions en monnaie locale progressent également.
Des marchés qui restent loin de leur potentiel
Derrière ces bons chiffres, l’OCDE décrit des faiblesses structurelles. Les marchés financiers africains restent petits et peu liquides, et leur actionnariat est concentré. L’Afrique ne détient que 0,9 % des actifs financiers mondiaux alors qu’elle produit 2,7 % du PIB mondial.
Les levées de fonds en actions restent modestes. En 2025, les entreprises africaines ont levé 6,7 milliards de dollars sur les marchés actions :
environ 1 milliard de dollars par des introductions en Bourse ;
5,7 milliards de dollars par des augmentations de capital d’entreprises déjà cotées.
Seules sept sociétés se sont introduites en Bourse sur tout le continent au cours de l’année.
Le financement des entreprises par la dette a progressé par rapport aux années précédentes. Il repose toutefois surtout sur les prêts syndiqués, et les émissions d’obligations d’entreprises restent faibles par rapport aux autres régions.
Selon l’OCDE, les marchés de capitaux restent donc sous-utilisés comme source de financement à long terme, surtout si on les compare à ceux des autres économies émergentes. Leur contribution à la croissance et à la résilience des économies africaines s’en trouve limitée.
Trop peu de titres à acheter, trop peu d’investisseurs
Le rapport identifie deux freins principaux.
Le premier est le manque d’actifs dans lesquels investir. Sur la plupart des places africaines, l’offre de titres est trop faible, et l’OCDE fait de son élargissement une priorité. Les coûts d’introduction en Bourse et les exigences réglementaires sont souvent élevés, ce qui décourage les entreprises de se faire coter. Les entreprises publiques sont en majorité non cotées. Pour l’OCDE, les États disposent donc d’un levier important : ouvrir le capital de ces entreprises renforcerait leur présence sur les marchés.
Le second est l’étroitesse de la base d’investisseurs, qui pèse sur la profondeur et la résilience de nombreux marchés. Les actifs des caisses de retraite et des assureurs sont concentrés dans seulement quatre pays. Dans certains grands marchés, ces portefeuilles sont en outre très chargés en titres d’État, ce qui laisse peu de place au financement du secteur privé.
Cinq pistes pour mieux mobiliser l’épargne africaine
L’OCDE voit une occasion importante de mieux mobiliser l’épargne intérieure africaine au service de l’investissement. Elle recommande aux gouvernements d’agir dans cinq domaines :
Les fondamentaux : consolider la stabilité macroéconomique et la gouvernance publique, socles du développement des marchés de capitaux.
La gouvernance d’entreprise : renforcer la gouvernance et la transparence des sociétés pour asseoir la confiance des investisseurs.
La dette publique : mieux gérer la dette pour réduire les risques de refinancement des États, ce qui aidera aussi à approfondir les marchés locaux.
Les investisseurs institutionnels : étendre la couverture retraite et assurance pour développer des investisseurs locaux de long terme.
Le numérique : utiliser la digitalisation de la finance pour élargir l’accès aux marchés et améliorer leur efficacité.
Ce que cela signifie pour la Tunisie
Le diagnostic de l’OCDE concerne directement le marché tunisien. On y retrouve des problèmes connus de la place de Tunis : peu d’introductions en Bourse, des entreprises publiques restées hors cote, une épargne institutionnelle limitée et des banques très exposées aux titres de l’État. La remarque sur les entreprises publiques mérite une attention particulière : leur ouverture partielle au capital pourrait à la fois élargir l’offre de titres à la BVMT et améliorer leur gouvernance.




















