L’épargne est l’un des éléments essentiels pour le développement économique. Elle permet de financer l’investissement et limiter le recours à l’extérieur et autre sources de financement. Elle est aussi une soupape de sécurité pour les ménages face aux aléas de la vie. Le taux de l’épargne en Tunisie est très faible et traduit une fragilité économique structurelle. Il traduit aussi l’échec du système financier à mobiliser les ressources à travers des offres rentables et adaptées aux besoins des ménages. Mais réellement les tunisiens ont-ils encore la capacité d’épargner ?
Un taux d’épargne à 4.6% :
Le taux d’épargne est passé de 7.9% en 2022 à 4.6% en 2024. L’épargne nationale brute a chuté de 8.6% entre 2023 et 2024. Cette baisse est moins importante que celle enregistrée en 2023 et qui était de -26%. Le ministère de l’économie table sur une hausse de 37% de l’épargne nationale en 2025 selon les prévisions. Une estimation très loin de la réalité.
L’épargne nationale est un outil important pour le financement de l’investissement. Or le taux de financement intérieur (Epargne nationale/Formation Brute de capital Fixe) est passé de 50.7% en 2022 à 29.8% en 2024 soit une baisse de plus de 20% en deux ans. Les prévisions pour 2025 sont de l’ordre de 36%.
L’épargne bancaire et postale a cumulé au mois de Décembre 2024 au chiffre de 44.8 milliards de dinars. Au mois de Février 2026, l’épargne bancaire a atteint 37.6 milliards de dinars dont 1.7 milliards de dinars d’épargne logement et l’épargne postale 11.8 milliards de dinars. Le total de l’épargne atteint ainsi 49.5 milliards de dinars au mois de Février 2026 selon le bulletin des statistiques financières de la BCT.
Plusieurs facteurs freinent l’épargne :
L’érosion du pouvoir d’achat des tunisiens est l’élément essentiel qui permet d’expliquer la chute de l’épargne. Selon certains experts la baisse du pouvoir d’achat est estimée à 40% au cours des 10 dernières années. L’inflation ne faiblit pas et a atteint 5.5% au mois de Mai dernier. Cette hausse des prix n’est pas couverte par les hausses des salaires. Les dépenses contraintes pour les ménages tunisiens ont augmenté surtout pour l’alimentaire qui représente aujourd’hui plus de 35% alors qu’il était de 26% en 2015. C’est ainsi que la propension moyenne à consommer (Consommation/revenu national disponible brut) est passée de 92% en 2022 à 95.4% en 2024. La consommation privée a augmenté de 9% entre 2023 et 2024. Ce qui est gagné par les tunisiens est automatiquement dépensé.
La croissance économique qui peut augmenter les revenus des ménages est très faible au cours des 5 dernières années avec 2.5% en 2025 et 1.4% en 2024.
Sur un autre plan le rendement de l’épargne n’est pas attractif pour les ménages tunisiens. Ceux qui ont quelque chose à épargner préfèrent la garder « sous l’oreillette » ou dans les tiroirs. En effet, le taux minimum de rémunération de l’épargne a été réduit de 7% au mois de Décembre 2024, à 6% au mois de Mars 2026 conformément à la circulaire aux banques n°2026-01 du 05 janvier 2026, et ce à partir du 1er janvier 2026. Un taux qui arrive à peine à couvrir l’inflation calculée officiellement et non pas l’inflation ressentie par les ménages.
L’offre bancaire d’épargne est restée très classique avec des offres pour l’épargne logement, l’épargne étude, l’assurance vie ou l’épargne dans un compte bancaire. L’assurance vie ne représente que 23% du total des primes touchées par les sociétés d’assurance ce qui est un niveau très faible.
De son côté la culture même de l’épargne en Tunisie est très faible. Les produits de l’épargne tel que les fonds d’investissements, l’assurance vie, les plans de retraite, les comptes d’épargne en action….ne sont pas très connus par les tunisiens. Les institutions financières aussi ne communiquent pas assez sur ces produits auprès de leurs clients.
Sur un autre plan, la baisse de l’épargne en Tunisie peut être expliquée par le développement considérable de l’économie informelle. Elle représente aujourd’hui plus de 45%. Les chiffres des billets et monnaie en circulation qui ont frôlent aujourd’hui avec les 30 milliards de dinars, témoignent du développement de ce secteur. En effet, les transactions dans l’informel se font avec du cash et plusieurs tunisiens préfèrent garder l’argent hors du circuit bancaire pour la facilité d’utilisation et pour ne pas éveiller les soupçons.
Le niveau de chômage en Tunisie avec au moins un chômeur par ménage, la hausse des dépenses contraintes et de la consommation et de l’inflation, l’absence d’offre et de culture de l’épargne,…autant d’éléments qui laissent que les tunisiens n’ont plus rien à épargner.





















