Le bureau du PNUD à Tunis et en partenariat avec l’Observatoire de l’Inclusion Financière (Banque Centrale), vient de publier les résultats d’une étude sur l’inclusion financière des femmes et des jeunes. L’étude sur l’inclusion financière analyse les déterminants de l’inclusion financière des femmes et des jeunes dans les gouvernorats de Kairouan, Gabès, Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili. A titre d’information la Tunisie a un niveau faible d’inclusion financière ne dépassant pas les 31%.
Combinant une analyse de l’offre et de la demande de services financiers, l’étude explore les questions d’accessibilité, de coût, de connaissances financières, ainsi que les perceptions et la confiance envers les institutions financières.
Une couverture disproportionnée :
Selon l’étude la couverture bancaire dans les gouvernorats cibles représente à peine 12% du réseau national, des taux de bancarisation féminine qui tombent à 18%, une prévalence persistante de l’informel qui traduit une préférence comportementale et culturelle.
En revanche, La Poste affiche une couverture plus équilibrée : sur ses 1 054 bureaux postaux, 306 sont situés dans les gouvernorats cibles, représentant 30% de son réseau et une densité moyenne de 41 bureaux de poste pour 100 000 habitants, avec une présence relativement homogène dans chaque gouvernorat. La Poste dispose également de bureaux ambulants.
Les IMF sont également bien implantées dans ces régions, avec 25% de leurs points de contact physiques répartis de manière équilibrée entre les 7 gouvernorats. Par contre, les agents de paiements sont sous-représentés et leur présence varie fortement selon les gouvernorats : la densité oscille entre 7 agents pour 100 000 habitants à Tataouine contre 33 à Tozeur.
Un taux d’inclusion faible pour les femmes :
Le taux d’inclusion financière demeure relativement faible en termes d’adoption des services financiers, avec 41% des femmes disposant d’un compte dans une institution financière formelle : 18% ont un compte bancaire, 27% un compte postal et seulement 0,3% un compte dans un établissement de paiement. Par ailleurs, 33% ont contracté un crédit auprès d’une banque ou d’une IMF, et 16% disposent d’un contrat d’assurance en cours, hors couverture CNAM.
Selon l’enquête menée, les principaux facteurs d’exclusion financière sont :
(1) le manque de ressources financières (51% des répondantes),
(2) le manque de confiance (un taux de méfiance atteignant 22% pour certaines institutions financières (IMF)),
(3) la peur de l’endettement ou des frais cachés, et
(4) la perception de la complexité des services, notamment pour les produits d’assurance, jugés compliqués par 45 % des femmes.
L’absence d’obligation de détenir un compte pour recevoir leur salaire a pour conséquence que 55% des femmes actives continuent de percevoir leur rémunération en espèces, ce qui renforce leur préférence pour le cash et le recours aux circuits informels.
Les principaux obstacles à l’inclusion financière sont principalement d’ordre économique (faibles revenus : 50%), socio-culturel (la préférence pour le cash (98%), influence de l’entourage et les perceptions religieuses (15%)), psychologique (la perception négative des services financiers par certaines femmes, renforcée par de mauvaises expériences passées vécues ou observées) et environnemental, lié aux difficultés d’accès, surtout dans les zones rurales (32% seulement arrivent à une institution en moins de 15min) et le mauvais accueil des conseillers.
Du côté de l’offre, de nombreuses femmes, en particulier celles ayant un faible niveau d’éducation (67% de l’échantillon), perçoivent les services financiers comme complexes, peu adaptés et mal expliqués.
Les attentes futures des femmes en matière de services financiers varient selon les besoins, allant de l’intérêt pour des solutions de micro-épargne et d’épargne dédiée à des objectifs spécifiques, à la demande croissante pour des services non financiers.
92% des Jeunes n’ont jamais contracté un crédit :
L’inclusion financière des jeunes est limitée : 41% détiennent un compte dans une institution formelle, principalement à La Poste (27%), souvent par obligation administrative (bourse ou frais universitaires) plutôt que par choix personnel ; l’usage des autres services reste marginal avec seulement 8% détenant un wallet, 17% une assurance (hors obligatoire), et 92% n’ayant jamais contracté de crédit formel — ce qui reflète une adoption passive et fonctionnelle des services, sans réelle autonomie.
Les freins à l’inclusion sont multiples, croisant des dimensions économiques, culturelles et psychologiques :
- Le désintérêt est particulièrement fort chez les étudiants (35% de l’échantillon), qui perçoivent les services financiers comme réservés aux adultes stables financièrement ; beaucoup laissent leurs parents gérer leur compte ou choisir l’institution.
- Les jeunes sans emploi (23%) font face à une double exclusion, à la fois économique et financière
- Chez les jeunes salariés, l’usage des services reste limité à des fonctions basiques, faute de sensibilisation ou de besoin perçu
Enfin, le rapport au numérique est ambivalent : bien qu’à l’aise avec la technologie, l’usage des services digitaux reste restreint (consultation de solde pour 66–74 % selon l’institution), freiné par des craintes (erreurs, fraude, institution non fiable) et des barrières d’accès (manque de points d’acceptation pour les wallets).
Principaux freins à l’inclusion financière des jeunes
Le frein principal réside dans la faible autonomie économique des jeunes : 23 % sont sans emploi, et 90 % des jeunes actifs déclarent un revenu mensuel inférieur à 1500 TND. 70 % des jeunes non-bancarisés expliquent leur situation par un manque d’autonomie financière.
Le rapport des jeunes aux services financiers est influencé par des représentations sociales : les services sont perçus comme « réservés aux adultes » ou « aux personnes stables », avec une préférence forte pour la gestion simple, en cash, sans formalisation. 99 % des jeunes utilisent le cash, perçu comme plus simple, immédiat, et sans frais.
La méfiance envers les services financiers et numériques est nourrie par le manque de compréhension, un usage limité, et une perception d’inutilité.
- 46 % des jeunes ne font pas confiance aux services numériques pour gérer leur argent, craignant erreurs ou pertes de données.
- 75 % n’ont jamais demandé de crédit,
Les inégalités d’accès physique et numérique, combinées à l’absence de services perçus comme utiles ou adaptés, freinent l’adoption.
- En milieu rural, 30 % des jeunes mettent plus de 30 minutes pour atteindre une institution financière.
Source : résumé exécutif étude PNUD




















