Une étude menée par Rabeb Dabbebi, Hichem Khlif et Samir Trabelsi met en évidence un lien significatif entre l’adoption des normes SASB, la performance ESG et la rapidité du processus d’audit.
À l’heure où les entreprises sont de plus en plus appelées à renforcer la transparence de leurs informations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), la question de la qualité et de la standardisation de ces données devient un enjeu majeur pour les marchés financiers.
Une étude publiée dans le Journal of Financial Reporting and Accounting, sous le titre « The effect of Sustainability Accounting Standards Board (SASB) standards adoption on audit report lags: the moderating effect of ESG performance », analyse précisément cette relation.
Le travail est signé par Rabeb Dabbebi, Hichem Khlif et Samir Trabelsi et s’appuie sur 2 142 observations d’entreprises du S&P 500 couvrant la période 2015-2020.
Des normes qui pourraient réduire les délais d’audit
Selon les résultats de l’étude, les entreprises qui adoptent volontairement les normes du Sustainability Accounting Standards Board (SASB) présentent des délais de publication des rapports d’audit significativement plus courts.
L’« Audit Report Lag » (ARL) désigne le délai entre la clôture de l’exercice financier et la finalisation du rapport d’audit. Cet indicateur constitue un élément important de la rapidité avec laquelle les marchés peuvent accéder à une information financière vérifiée.
Les auteurs avancent que la standardisation et la structuration des informations ESG peuvent faciliter le travail des auditeurs. Une information mieux organisée et plus transparente pourrait ainsi réduire certaines difficultés liées à la collecte, à l’analyse et à la vérification des données.
La performance ESG change la donne
L’un des principaux apports de cette recherche réside toutefois dans l’analyse du rôle de la performance ESG.
L’étude montre que la réduction du délai d’audit est plus prononcée chez les entreprises affichant une performance ESG élevée. En revanche, cet effet apparaît moins marqué chez les entreprises dont la performance ESG est faible.
Cette observation introduit une distinction importante : le reporting ESG ne se limite pas à la quantité d’informations communiquées. La performance réelle de l’entreprise en matière environnementale, sociale et de gouvernance semble également influencer les bénéfices associés à cette transparence.
Un enjeu pour les investisseurs
Pour les investisseurs, la question du délai d’audit revêt une importance particulière. Plus les états financiers audités sont disponibles rapidement, plus les marchés disposent tôt d’informations susceptibles de réduire l’incertitude et l’asymétrie d’information.
Les résultats de l’étude suggèrent ainsi que le reporting ESG conforme aux normes SASB pourrait avoir des effets qui dépassent la seule communication sur le développement durable.
Il devient également un élément susceptible d’améliorer l’efficacité de la chaîne de production et de diffusion de l’information financière.
Une réflexion pour les entreprises et les régulateurs
Pour les dirigeants, ces résultats mettent en évidence l’intérêt potentiel d’une information ESG structurée, cohérente et conforme à des référentiels reconnus.
Pour les régulateurs, l’étude apporte des éléments empiriques au débat sur la formalisation et la généralisation des standards de reporting ESG.
Elle souligne surtout qu’une meilleure transparence ne consiste pas uniquement à publier davantage d’informations. Elle suppose également de produire des données structurées, comparables et suffisamment fiables pour être utiles aux investisseurs, aux auditeurs et aux autres parties prenantes.
Une recherche qui ouvre un nouveau débat
L’originalité de l’étude de Rabeb Dabbebi, Hichem Khlif et Samir Trabelsi réside ainsi dans le rapprochement entre deux dimensions souvent étudiées séparément : le reporting de durabilité et la rapidité de l’audit financier.
Ses résultats indiquent que l’adoption des normes SASB est associée à des délais d’audit plus courts, tandis que la performance ESG apparaît comme un facteur susceptible de renforcer ou d’atténuer cette relation.
La question qui se pose désormais est celle de l’évolution future du reporting ESG : à mesure que les normes de durabilité deviennent plus structurées et plus largement utilisées, peuvent-elles contribuer à transformer durablement la production, la vérification et la diffusion de l’information financière ?
Source : Dabbebi, R., Khlif, H. & Trabelsi, S., The effect of Sustainability Accounting Standards Board (SASB) standards adoption on audit report lags: the moderating effect of ESG performance, Journal of Financial Reporting and Accounting, pp. 1-26. DOI : 10.1108/JFRA-11-2025-0989.




















