Il y a quelque chose d’édifiant et de troublant dans la coïncidence de trois grands événements qui se télescopent en ce juin 2026 sur le sol américain et dans ses marges géopolitiques : une guerre au Moyen-Orient que Washington a elle-même déclenchée, un Mondial de football censé incarner la grandeur américaine, et une politique commerciale protectionniste qui a aliéné jusqu’aux alliés les plus fidèles. Ensemble, ces trois vecteurs dessinent le portrait d’une puissance en pleine crise d’identité.
Une guerre aux coûts démesurés
Le 28 février 2026, les forces américaines et israéliennes ont lancé près de 900 frappes en douze heures contre l’Iran, ciblant missiles, défenses aériennes et infrastructures militaires. Ce qui devait être une opération chirurgicale s’est mué en conflit persistant. Le conflit a perturbé le commerce mondial, interrompu les liaisons aériennes vers le Moyen-Orient, et contraint les armateurs à contourner le détroit d’Ormuz et la mer Rouge.
Les conséquences économiques sont systémiques. L’Agence internationale de l’énergie a qualifié la fermeture du détroit d’Ormuz de « plus grande perturbation de l’approvisionnement dans l’histoire du marché pétrolier mondial ». Le conflit a produit des pénuries aiguës, une volatilité des devises, de l’inflation et des risques élevés de stagflation. Cette guerre s’est abattue sur une économie mondiale déjà fragilisée par les droits de douane, l’endettement post-pandémique et des pressions inflationnistes que les banques centrales d’Europe et d’Asie peinaient à contenir.
Le Mondial, vitrine ou repoussoir ?
La Coupe du monde 2026, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, était supposée être le couronnement d’une Amérique triomphante. La réalité est plus sombre. Alors que FIFA et l’Organisation mondiale du commerce avaient annoncé un impact économique brut de 80 milliards de dollars, dont 30,5 milliards pour les seuls États-Unis, les experts avertissent désormais que les retombées financières seront bien en deçà des projections initiales.
Le tourisme en provenance du Canada — historiquement la première source de visiteurs internationaux aux États-Unis — a reculé de plus de 20 % ces derniers mois. La politique étrangère américaine — notamment les actions concernant le Venezuela, l’Iran, le Groenland et les droits de douane de Trump — aurait incité certains fans européens à « passer leur tour ». Les responsables du tourisme à Las Vegas et Miami s’inquiètent d’un environnement devenu « premium only », au détriment d’une diversité culturelle pourtant constitutive de l’événement.
Les droits de douane : l’arme qui se retourne
Les droits de douane imposés par Washington ont renchéri le coût des matériaux nécessaires aux hébergements temporaires, fan zones et infrastructures de transport, suscitant des inquiétudes sur le respect des délais de construction. Mais au-delà de la logistique, c’est la crédibilité internationale des États-Unis qui est en jeu. La réputation américaine s’est détériorée dans 38 pays sur 42 sondés à travers le monde depuis le début de l’année, avec des chutes particulièrement sévères chez des alliés de longue date : Canada (-44 points), Suède (-47 points), France (-33 points) et Royaume-Uni (-31 points).
L’architecture économique du conflit expose une contradiction fondamentale : les États-Unis ont imposé des coûts considérables à des économies qu’ils considèrent par ailleurs comme des partenaires commerciaux et stratégiques.
Une Amérique qui doute d’elle-même
Selon une enquête du Chicago Council on Global Affairs menée début mai, 86 % des Américains estiment que la guerre a eu un impact négatif sur leur coût de la vie, 72 % sur les relations internationales, 72 % également sur la réputation du pays à l’étranger, et 65 % sur la sécurité nationale.
Le Mondial 2026 s’ouvre aujourd’hui même, le 11 juin. Il devait être une fête planétaire sur fond de puissance américaine renouvelée. Il s’annonce plutôt comme le reflet d’une nation en plein questionnement : capable de mobiliser des millions de spectateurs, incapable de rassembler le monde autour de ses valeurs. L’image que renvoie la superpuissance en 2026, c’est celle d’un pays qui confond force militaire et leadership — et découvre, à ses dépens, que ces deux choses ne sont pas synonymes.
L’Expert — Juin 2026




















