La crise du Covid-19 et les tensions géopolitiques qui perturbent les chaines d’approvisionnement ont mis en lumière l’importance de l’autosuffisance alimentaire. La sécurité alimentaire est l’un des principaux axes sur lesquels travaille le conseil national de la sécurité présidé par le Président de la République car l’enjeu est très important. Le journal « naturefood » vient de publier une étude intéressante intitulée « L’écart entre la production alimentaire nationale et les recommandations nutritionnelles met en évidence le manque d’autosuffisance nationale ». Selon cette étude la Tunisie est autosuffisante dans 4 groupes de produits sur 7.
La Guyane seul pays autosuffisant :
Sur 186 pays, 154 peuvent satisfaire les besoins de 2 à 5 des 7 groupes alimentaires du régime Livewell (manger pour atteindre la neutralité carbone du Fonds Mondial pour la Nature) grâce à leur production nationale. Seul le Guyana atteint l’autosuffisance pour les sept groupes alimentaires, tandis que la Chine et le Vietnam en couvrent six.
À l’inverse, six pays, principalement situés au Moyen-Orient (Afghanistan, Émirats arabes unis, Irak, Région administrative spéciale de Macao, Qatar et Yémen), ne couvrent les besoins d’aucun groupe alimentaire.
Plus d’un tiers des pays atteignent l’autosuffisance pour deux groupes alimentaires ou moins ; 25 se trouvent en Afrique, 10 dans les Caraïbes et 7 en Europe. Seul un pays sur sept atteint l’autosuffisance pour cinq groupes alimentaires ou plus, la plupart se trouvant en Europe et en Amérique du Sud.
Concernant l’élevage, l’autosuffisance en viande est relativement élevée, 65 % des pays atteignant (voire dépassant) leurs besoins alimentaires, tandis que l’Afrique subsaharienne connaît des déficits considérables. Les pays africains, tout comme ceux d’Océanie, sont confrontés à des difficultés en matière de production laitière ; respectivement 82 % et 83 % d’entre eux ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins. Moins de la moitié des pays atteignent l’autosuffisance en produits laitiers (44 %), alors que tous les pays européens y parviennent.
L’autosuffisance en poisson et fruits de mer est particulièrement faible dans la plupart des régions, seuls 25 % des pays l’atteignant, y compris la Russie et les pays de la région Pacifique. À l’échelle mondiale, 60 % des pays ne peuvent couvrir la moitié de leurs besoins en poisson.
Environ la moitié des pays atteignent l’autosuffisance en féculents (45 %), en légumineuses, noix et graines (46 %) et en fruits (47 %), mais moins d’un quart y parviennent pour les légumes (24 %).
Les pays à revenu élevé se classent souvent plus bas que prévu. Par exemple, le Canada et les États-Unis ne couvrent chacun que quatre des sept groupes alimentaires. Malgré une forte production de viande, de produits laitiers et de céréales, ces deux pays dépendent fortement des importations de fruits et légumes.
La Tunisie 4/7 :
Selon cette étude la Tunisie atteint l’autosuffisance alimentaire dans 4 groupes de produits sur les 7 considérés à savoir : le groupe des fruits, le groupe des légumes, le groupe viande et le groupe produits laitiers.
La Tunisie n’est pas autosuffisante dans 3 groupes de produits à savoir : les légumineuses, les noix et les graines ou le taux de manque varie entre 40 et 60%, les féculents de base avec un taux de manque inférieur à 20%, et les poissons avec un taux de manque variant entre 20 et 40%.
Ces résultats sont compatibles avec le classement de la Tunisie dans le « Global Food Security Index » qui la classe à 61ème place mondiale sur 113 pays. Selon le rapport du FAO, l’insécurité alimentaire sévère ou modérée touche 25.3% des tunisiens soit plus de 3 millions de personnes.
Ce genre d’études peut nous servir d’arguments ou de support pour l’orientation de notre politique agricole. En effet, la logique impose que des mesures concrètes soient prises en faveur des secteurs dans lesquels on n’est pas suffisant afin d’assurer notre autosuffisance alimentaire. Ce siècle sera certainement celui des guerres et des maladies et nous devons prendre toutes nos précautions. C’est le principe même de la réflexion stratégique.