Malheureusement, il existe des vérités économiques qu’on préfère négliger en Tunisie tellement elles sont dérangeantes. La productivité du travail en Tunisie est en baisse et ne suit pas la hausse des salaires ni le niveau de la croissance économique. Un décalage motivé par des considérations sociales et politiques et de recherche de la paix sociale ou sous le prétexte de la baisse du pouvoir d’achat. Or ce décalage frappe tout un modèle économique et surtout la compétitivité du pays face à une concurrence internationale encore plus féroce.
Hausse des salaires et pouvoir d’achat :
La loi des finances pour 2026 a décidé l’augmentation des salaires dans le secteur public et privé. Une première dans l’histoire des négociations salariales en Tunisie. C’est le gouvernement qui l’a décidé pour la fonction publique et aussi pour les entreprises privées. Le niveau de la hausse des salaires va être décidé par décret. Le président de la République a insisté à plusieurs reprises sur l’accélération de la concrétisation de cette hausse. Certains experts s’attendent à ce que cette hausse soit décidée à l’occasion de la fête du travail le 1er Mai avec un rappel à partir du mois de Janvier 2026. Cette hausse viendra surtout compenser la perte du pouvoir d’achat des tunisiens à cause de la hausse importante des prix à la consommation et surtout les produits alimentaires. Pour cette fois le syndicat des travailleurs UGTT et le syndicat des patrons UTICA ont été mis à l’écart et pris au dépourvu. Comme si la manière a été déjà digérée, l’UGTT vient de publier un communiqué appelant à accélérer l’augmentation des salaires.
Les critères sur lesquels va se baser le gouvernement pour décider le niveau ou le montant de cette hausse des salaires sont inconnus. Va-t-on se baser sur le niveau de l’inflation, ou sur les capacités financières de l’Etat et le montant déjà décidé au budget, ou selon d’autres critères plus objectifs ?
Pour mémoire, la précédente hausse des salaires a couvert la période 2022-2025 et variait entre 200 et 300 dinars par fonctionnaire selon la catégorie.
Pour l’actuel budget, le gouvernement a prévu 25.2 milliards de dinars pour les 690.000 fonctionnaires, soit plus de 14% du PIB. En 2025, la masse salariale était de 24.3 milliards de dinars. La hausse prévue donc sera de 900 millions de dinars, mais qui concernera aussi les nouveaux 23.000 postes dans la fonction publique et la régularisation des 50.000 emplois déjà existants.
Ajoute de l’eau…ajoute de la farine :
Peut-on durablement augmenter les salaires sans une augmentation de la productivité ? La réponse est certainement par la négation. Selon l’institut Tunisien des Etudes Quantitatives, la productivité du travail en Tunisie a augmenté de 1.1% en 2022, 0.2% en 2023 et 0.5% en 2024. Ce niveau très bas de productivité est entre autre le résultat d’un manque de motivation, de salaires très bas qui ne correspondent pas à l’effort fourni, et des conditions de travail démotivantes que ce soit dans l’entreprise ou dans son environnement externe. S’ajoutent à ces facteurs le manque flagrant de formation continue au sein de l’entreprise et la précarité des emplois.
La théorie économique nous enseigne que lorsque les salaires augmentent à un rythme supérieur à celui de la productivité, les coûts de production vont augmenter en conséquence. Les entreprises vont certainement répercuter cette hausse des coûts de production sur les prix. Cette manœuvre va augmenter directement l’inflation et les prix à la consommation. Ainsi le pouvoir d’achat des consommateurs va encore s’éroder. Ce phénomène est appelé selon notre jargon populaire : ajoute de l’eau…ajoute de la farine (Zid el ma…zid el dekik).C’est un cercle vicieux qui finit par neutraliser l’effet de l’augmentation salariale.
Le président de la République l’avait mentionné à plusieurs reprises : il faut un équilibre entre justice sociale et stabilité économique. Un élément essentiel à prendre en considération par le gouvernement.

























