Face aux transformations économiques mondiales rapides et à l’escalade des tensions géopolitiques, l’économie tunisienne traverse une phase critique où les défis internes se conjuguent aux pressions extérieures. Entre l’endettement croissant, le déficit budgétaire et la faible croissance, de nombreux observateurs s’interrogent : le pays peut-il encore générer une croissance réelle et durable, ou s’oriente-t-il progressivement vers une « économie de survie », centrée sur la gestion des crises et le maintien minimal des équilibres financiers ?
Impact des conflits internationaux sur l’économie tunisienne
La guerre au Moyen-Orient commence déjà à impacter l’économie mondiale, avec la hausse des prix de l’énergie, la perturbation des chaînes d’approvisionnement et le risque de blocages dans certaines routes commerciales et de transport. La Tunisie, fortement dépendante des importations énergétiques et des marchés internationaux, n’est pas épargnée par ces effets.
Croissance faible et pression fiscale élevée
Mez Joudi souligne que le taux de croissance actuel, à 3,3 %, reste insuffisant pour répondre aux besoins du pays et créer des emplois. L’investissement demeure le principal moteur de croissance et de création de richesse, mais il exige un climat d’affaires favorable, basé sur la confiance, la bonne gouvernance, des incitations fiscales et la stabilité, loin de la corruption et de la bureaucratie.
Il insiste sur le fait que la pression fiscale élevée (environ 30 %) et la variation constante des lois financières, combinées à l’insuffisance des infrastructures et des services logistiques, limitent la liberté des investisseurs et freinent la dynamique économique.
La gouvernance : pilier de la durabilité économique
Pour Joudi, la gouvernance n’est pas simplement un ensemble de règles ou de procédures administratives, mais une culture institutionnelle fondée sur la transparence, la répartition claire des responsabilités, des mécanismes de contrôle efficaces et des comportements éthiques dans les institutions. Une bonne gouvernance assure une gestion intelligente des risques, oriente les investissements vers les secteurs productifs et garantit une distribution équitable de la richesse, soutenant ainsi une croissance économique durable.
La dette publique et la gestion des ressources
La dette publique atteint 84 % du PIB et pourrait atteindre 87 % d’ici 2028. Joudi souligne que le problème n’est pas seulement son niveau, mais la manière dont elle est utilisée : financer les dépenses courantes plutôt que l’investissement productif limite la capacité de l’économie à créer de la richesse et à croître.
Il insiste sur la nécessité de réorienter les ressources vers des projets publics intelligents qui génèrent de la valeur ajoutée et stimulent le secteur privé, transformant ainsi la dette d’un fardeau en levier de croissance économique.
Les mécanismes de soutien : une efficacité remise en question
Joudi note que le système actuel de subventions bénéficie à tous, riches et pauvres, ce qui accroît la pression budgétaire et enferme l’économie dans un cercle vicieux de dette et de faible investissement. La solution réside dans un ciblage précis des subventions et dans des réformes structurelles pour renforcer la productivité et créer une véritable dynamique de croissance.
Vers une économie durable
Mez Joudi insiste sur le fait que la Tunisie se trouve à un carrefour : poursuivre une économie centrée sur la gestion des crises ou bâtir une économie capable de générer richesse et croissance durable. La clé réside dans la réforme des finances publiques, l’instauration d’une culture de gouvernance, l’amélioration du climat des affaires et l’utilisation stratégique des ressources pour stimuler l’investissement et assurer un développement économique pérenne.
Abidi Hanen


























