Tunisie 2026 : une reprise fragile face à des déséquilibres économiques persistants…
La Banque africaine de développement (BAD) dresse, dans son rapport Perspectives économiques en Afrique 2026, un constat contrasté sur l’économie tunisienne : une reprise réelle mais encore fragile, freinée par des déséquilibres structurels persistants.
Après un ralentissement en 2024, la Tunisie enregistre une croissance de 2,5 % en 2025, portée principalement par l’agriculture, le tourisme, la construction et les phosphates. Une dynamique positive, mais encore insuffisante pour enclencher une transformation durable du modèle économique.
Une reprise sous assistance, pas encore structurelle
Si l’inflation recule à 5,3 % et permet une légère détente monétaire, les déséquilibres restent bien présents. Le déficit budgétaire s’établit à 5,2 % du PIB et la dette publique reste élevée autour de 82 %. Dans le même temps, le déficit courant continue de refléter une forte dépendance aux importations.
Pour la BAD, la croissance tunisienne reste donc “modérée et vulnérable”, fortement exposée aux chocs externes et aux contraintes de financement.
Un système financier sous pression
Le rapport met en lumière un point critique : la fragilité du secteur bancaire. Avec un taux de créances douteuses estimé à près de 15 %, et un crédit au secteur privé atone, le système financier peine à jouer pleinement son rôle de moteur de croissance.
La dépendance de l’État au financement interne et aux mécanismes exceptionnels accentue également les tensions sur l’investissement productif.
Une économie à deux vitesses sur le plan social
Sur le marché du travail, les signaux restent préoccupants malgré une légère amélioration du chômage (15,2 %). Les jeunes, les femmes et les diplômés restent les plus touchés, avec un chômage des jeunes dépassant 38 %.
La pauvreté touche encore près d’un cinquième de la population, confirmant la persistance de fortes inégalités régionales et sociales.
Des points forts qui existent, mais restent sous-exploités
Malgré ces fragilités, la BAD souligne plusieurs atouts importants. La Tunisie figure parmi les pays africains les plus efficaces dans la gestion des investissements publics, avec un taux d’efficience élevé.
Les transferts de la diaspora jouent également un rôle stabilisateur majeur, tandis que les réserves de change offrent une certaine marge de sécurité pour les importations.
Des réformes jugées indispensables
Le rapport insiste sur un point central : sans accélération des réformes structurelles, la croissance tunisienne restera plafonnée autour de 2 % à 3 %.
Parmi les priorités identifiées :
- élargissement de l’assiette fiscale et lutte contre l’informel
- modernisation du système de collecte des recettes
- amélioration du financement des entreprises
- mobilisation plus stratégique de la diaspora
- développement des financements mixtes et des PPP
Une trajectoire encore incertaine
À moyen terme, la BAD prévoit une croissance de 2,1 % en 2026 avant une légère reprise en 2027. Mais les risques restent nombreux : dette élevée, faiblesse de la demande européenne, tensions géopolitiques, chocs climatiques et lenteur des réformes.
👉 Conclusion du rapport : la Tunisie avance, mais sur une ligne de crête. La reprise existe, mais elle reste suspendue à des transformations profondes qui tardent encore à se concrétiser.























