La crise politique en France semble interminable et chaque jour apporte son lot de surprises. Après la démission du premier ministre Sébastien Lecornu et la chute de son gouvernement de 24 heures, le président français s’est engagé à nommer un nouveau premier ministre dans les 48 heures. La crise politique entraine avec elle une crise économique et institutionnelle, sur fond d’élection présidentielle en 2027. La crise en France, avec toutes ses ramifications a certainement ses impacts sur la Tunisie, vu les relations économiques, commerciales et diplomatiques entre les deux pays. C’est pour cette raison que quand la France tousse, la Tunisie s’enrhume.
Outre les liens de l’histoire, des liens économiques :
La France est le premier partenaire économique de la Tunisie. La valeur des échanges commerciaux entre la Tunisie et la France en 2024 ont atteint 12 milliards d’euros.
Ces exportations ont reculé de 4,6% à 13,5 Milliards de dinars, alors que les importations de produits ont progressé de 0,5% à 8,3 Milliards de dinars. Cette évolution a légèrement réduit l’excédent bilatéral avec la France qui reste largement le premier excédent bilatéral de la Tunisie (5,1 milliards de dinars).
Durant les 8 premiers mois de l’année la Tunisie a exporté pour une valeur de 9.7 milliards de dinars vers la France, alors qu’elle n’a importé que pour une valeur de 6.1 milliards de dinars.
Selon l’ambassade de France en Tunisie, les principaux clients bilatéraux clients de Tunisie sont dans l’ordre la France (21,7% des exportations, l’Italie (18,8%) et l’Allemagne (13,3%) tandis que les principaux fournisseurs sont l’Italie (12%) des importations), la Chine (11,3%) et la France (10,3%).
Sans oublier que la Tunisie abrite plus de 1500 entreprises françaises qui génèrent plus de 250 mille emplois.
Sur un autre plan, la Tunisie bénéficie d’une aide publique au développement de la France sur certains projets. Le dernier en date est l’octroie en 2023 d’une aide de 23 millions d’euros pour la lutte contre l’immigration irrégulière. Selon le ministère des affaires étrangères français, Depuis 2011, la France a engagé plus de 2 milliards € de financements nouveaux. Avec près de 45% des versements, la France reste, de loin, le premier fournisseur d’APD bilatérale à destination de la Tunisie – financements principalement mis en œuvre par l’AFD sous la forme de prêts à des conditions très avantageuses.
La Tunisie est ainsi très exposé et dépendante de la conjoncture économique et politique en France. Cette dépendance se matérialise principalement au niveau des exportations, du tourisme et du flux d’investissements étrangers. Cette interdépendance est un vecteur potentiel d’impacts de la crise française sur la Tunisie.
Les impacts potentiels :
Avec une dette de 3400 milliards d’euros, et le risque de ne pas avoir un budget pour 2026, la France traverse la pire crise économique de son histoire. Cette crise aura certainement un impact direct sur le moral des ménages et leur consommation et ainsi la demande intérieur, ce qui va impacter directement les exportations tunisiennes vers le marché français, surtout en textile et habillement ou en produits alimentaires.
La crise française peut aussi avoir un impact sur le moral des investisseurs qui pourraient ralentir ou geler certains projets en Tunisie le temps que la situation se clarifie sur le plan politique.
La réaction de certains ménages en périodes de crise est de décaler certains achats ou l’engagement de certaines dépenses. C’est ainsi qu’en cette période les français peuvent ne pas s’engager sur la réalisation de voyages en Tunisie, ou la réservation d’hôtels pour la fin d’année. Ce comportement impactera certainement le secteur touristique en Tunisie. Au mois de Septembre 2025, la Tunisie a été classée 3ème destination la plus préférée des français. En 2024, 1 millions de français ont visité la Tunisie en hausse de 6.2% par rapport à 2023.
Avec la crise financière en France et les plans de réduction des dépenses afin de réduire le déficit le gouvernement français pourrait réduire ou retarder ses aides pour la Tunisie pour se focaliser sur ses problèmes de budgets. C’est ainsi qu’il faut s’attendre à une baisse des financements surtout par l’AFD ou le décalage d’exécution de certains projets.
Au niveau diplomatique, les relations entre la Tunisie et la France sont froides depuis quelques mois. Aucune visite d’un officiel de hauts rangs depuis des mois. Une crise prolongée en France pourrait ainsi entrainer une modification des priorités, et donc moins de disponibilité diplomatique et surtout le non engagement sur certains points à l’échelle internationale. Cette situation pourra accélérer le processus engagé en Tunisie pour la diversification de ces partenaires diplomatiques et économiques en s’orientant vers des pays comme la Chine ou la Russie.
En résumé, la Tunisie doit suivre avec attention le déroulement de la crise politique en France car c’est dans ces intérêts stratégiques. La crise française doit être aussi perçue comme une opportunité pour revoir le réseau des relations diplomatiques et économiques de la Tunisie, et ainsi s’engager sur de nouveaux marchés et de nouveaux partenaires.