Un secteur stratégique sous tension
Symbole de l’identité agricole tunisienne, l’huile d’olive constitue depuis des décennies l’un des piliers de l’économie nationale. Elle représente près de 45 % des exportations agricoles et fait vivre des centaines de milliers d’agriculteurs à travers le pays. Pourtant, à la veille de la nouvelle campagne oléicole, la filière traverse une période d’inquiétude sans précédent.
Les oléiculteurs, les trituriers et les exportateurs se retrouvent confrontés à une crise de liquidité aiguë, aggravée par la hausse des coûts de production, l’endettement accumulé et la frilosité du système bancaire classique. L’accès au financement devient le principal obstacle, au point de menacer le déroulement normal de la récolte et de la transformation.
Des banques prudentes, voire réticentes
Face à un contexte économique marqué par les impayés, les fluctuations du marché international et l’incertitude climatique, les banques commerciales se montrent particulièrement prudentes. La plupart exigent désormais des garanties réelles, voire hypothécaires, avant d’accorder un crédit de campagne ou un financement d’huilerie.
Cette prudence, certes compréhensible du point de vue du risque bancaire, a cependant des conséquences dramatiques : nombre de producteurs ne disposent ni de titres fonciers ni de capacités de garantie suffisantes. Résultat : les opérations de récolte, de transport et de trituration risquent d’être retardées, voire compromises dans plusieurs régions.
La BTS, un espoir pour sauver la campagne
Dans ce contexte tendu, la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS) apparaît comme une bouffée d’oxygène pour la filière. Fidèle à sa vocation de soutien aux petits producteurs et aux entrepreneurs ruraux, la BTS a déjà signé plusieurs conventions avec les structures professionnelles et les groupements d’agriculteurs afin de faciliter le financement des campagnes oléicoles.
Le dispositif mis en place se distingue par sa souplesse : crédits à taux préférentiels, allègement des conditions de garantie, procédures accélérées et accompagnement technique. Ce mécanisme, s’il est bien coordonné avec les acteurs du terrain, pourrait permettre à des milliers d’exploitants de poursuivre leur activité sans interruption.
Un impératif national : sauver la récolte
Au-delà des chiffres, la question du financement de la récolte d’olive est un enjeu de souveraineté économique. Chaque litre d’huile produit et exporté contribue directement à l’équilibre de la balance commerciale et au maintien de l’emploi rural. Laisser le secteur sombrer faute de financement reviendrait à affaiblir une des rares filières encore compétitives à l’international.
La mobilisation rapide de la BTS, avec l’appui de l’État et des structures professionnelles, est donc indispensable. Mais elle doit s’accompagner d’une vision structurelle : repenser les mécanismes de financement agricole, encourager la création de fonds de garantie spécifiques et renforcer la coopération entre banques publiques et secteur privé.
un appel à l’action concertée
La Tunisie ne peut se permettre de compromettre une campagne oléicole, d’autant plus que les prévisions annoncent une production prometteuse. L’heure est à la coordination nationale entre l’État, la BTS, les institutions financières, les huileries et les exportateurs.
Sauver la filière oléicole, c’est sauver une partie de l’économie tunisienne et préserver une tradition millénaire qui fait la fierté du pays.