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Les banques européennes crient au secours face au poids de la réglementation

Lexpert Editeur Lexpert
6 mai 2026
in Actualités, Economie, International
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Face à la concurrence américaine, les établissements du Vieux continent plaident pour une simplification drastique des normes prudentielles

**Par [Auteur]**

Alors que la Commission européenne a clôturé fin avril sa consultation publique sur la compétitivité des banques du continent, une mobilisation sans précédent des lobbies bancaires met la question des règles prudentielles au cœur du débat. La Fédération bancaire européenne et sa consœur française sonnent l’alarme : **l’Europe impose trop de contraintes réglementaires à ses banques**.

Un plaidoyer pour la dérégulation

Le message des banques est clair et répétitif : elles étouffent sous le poids des normes, particulièrement celles exigeant une plus grande capitalisation. Ces établissements demandent expressément de **détricoter les règles qui les obligent à se financer avec du capital**, c’est-à-dire les fonds propres destinés à éponger les pertes en cas de coup dur.

« Ah si seulement vous nous imposiez moins de capital réglementaire, vous verriez la quantité de crédits que l’on pourrait distribuer en plus ! », répètent les banques françaises et européennes. Elles promettent un système bancaire plus efficace, plus dynamique, simplement libéré de ces contraintes administratives qu’elles jugent excessives.

Les arguments sont variés : trop de réglementations se chevauchent, la complexité paralyse l’innovation, les régulations américaines seraient moins contraignantes, et surtout, **plus de capital serait responsable de leurs résultats jugés insuffisants** comparés à Wall Street.

Une stratégie de lobbying éprouvée

Ce plaidoyer n’est pas nouveau. Depuis la crise de 2007-2008, les banques européennes ont progressivement augmenté leurs fonds propres sous la pression des régulateurs. Naturellement, cela déplaît à leurs actionnaires : plus on capitalise avec des fonds propres, moins il y a de bénéfices à distribuer sous forme de dividendes.

D’où cette offensive auprès de la Commission européenne et des gouvernements. « Pour les banques, être compétitives, c’est gagner des parts de marché vis-à-vis de leurs concurrentes. Elles peuvent arriver à ce résultat sans que l’économie européenne en bénéficie », prévient Nicolas Véron, chercheur au Peterson Institute et au think tank Bruegel.

La Banque centrale européenne elle-même a indiqué l’an dernier vouloir intégrer la politique de simplification des normes initiée par la Commission. Seul bémol du côté des régulateurs : le gouverneur sortant de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a bien précisé que si le cadre réglementaire européen était effectivement « dense, et parfois trop », **la solution ne pouvait résider dans une dérégulation**.

Des arguments qui ne résistent pas à l’analyse

Pourtant, les justifications avancées par les banques s’effondrent à l’examen des chiffres.

**Sur la rentabilité**, d’abord. Entre fin 2019 et fin 2025, les 111 banques majeures européennes ont augmenté leur capital de 300 milliards d’euros. Sur la même période, leurs profits ont pratiquement été multipliés par 2,5, passant de 79 à 188 milliards. Conclusion : l’augmentation du capital n’a nullement plombé leurs résultats.

**Sur la comparaison avec les États-Unis**, ensuite. Il est vrai que les banques américaines dégagent 5 à 6 points de rentabilité supplémentaires. Mais cela tient à des facteurs structurels : elles dominent les activités très rémunérées de la banque d’affaires, investissent davantage dans la technologie, bénéficient d’un marché plus concentré et opèrent dans une économie plus dynamique. Rien de tout cela n’a trait aux différences réglementaires.

**Sur les règles américaines plus souples**, enfin. C’est faux. La Banque centrale européenne (2023) puis la Banque d’Angleterre (fin 2025) ont démontré que les exigences en capital pour les banques systémiques sont **plus souples en Europe qu’aux États-Unis**. Même après les vagues de dérégulation lancées par Donald Trump, les normes américaines restent plus strictes que les européennes.

« Les grandes banques américaines font face à plus de contraintes en matière de régulation que les banques européennes et pourtant elles ont gagné la bataille concurrentielle », confirme Nicolas Véron. La preuve que la compétitivité se joue ailleurs.

Le vrai problème : la manipulation des modèles

Si le discours de dérégulation totale ne tient pas, un vrai problème existe cependant : la **complexité excessive des règles de calcul des fonds propres**.

Les banques utilisent des modèles complexes pour évaluer les risques et pondérer leurs actifs. Et certains établissements, particulièrement européens, jouent avec ces paramètres pour minimiser les montants de capital qu’ils doivent détenir. Le résultat ? Les banques européennes affichent un écart bien plus important qu’aux États-Unis entre leur actif pondéré par les risques et leur actif total : entre 20 et 35 % en Europe contre 35 à 60 % aux États-Unis.

Là serait le véritable enjeu : **simplifier les règles en donnant plus de poids au ratio fonds propres sur actifs totaux**, un indicateur simple, transparent et difficile à manipuler.

Une tentation régulatrice dangereuse

À l’heure où les risques bancaires et financiers ne cessent de croître, la Commission européenne doit être prudente. Céder aux demandes de dérégulation des banques ne ferait que renforcer leur fragilité face aux chocs futurs.

Les banques européennes n’y gagneront rien en compétitivité durable, et les économies du Vieux continent encore moins. Seule la probabilité que les contribuables européens soient forcés de renflouer le système bancaire en cas de crise s’accroîtrait.

Une leçon que la crise de 2008 avait gravée dans les esprits, mais que certains semblent déjà avoir oubliée.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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