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Pourquoi les prix ne baissent pas ?

Lexpert Editeur Lexpert
6 mai 2026
in Actualités, Economie
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Chaque tunisien vous le confirmera : si les prix montent, ils ne reculent jamais. La tendance haussière est devenue structurelle. L’explication de cette tendance ne revient pas à un simple ressenti ou au changement d’une méthode de calcul, mais à l’enchevêtrement de plusieurs facteurs qui nourrissent une inflation persistante et difficile à maitriser. Entre une inflation importée, des circuits de distribution mal organisés et sous contrôlés, une politique monétaire limitée, un appareil productif qui ne répond pas à la demande interne, des coûts de production en hausse et une structure du marché qui encourage les ententes et les spéculations…le consommateur continue de subir la hausse continue des prix qui ne faiblit pas.

 

Inflation à 5.5% :

L’Institut National de la Statistique, vient de publier l’Indice des prix à la Consommation pour le mois d’Avril. Les prix ont encore augmenté au mois denier à un rythme encore plus soutenu. Le taux d’inflation a atteint 5,5% au mois d’avril 2026. Un taux qui s’explique, d’une part, par l’accélération du rythme de progression des prix du groupe « Alimentation » (8,2% en avril 2026 contre 6,8% en mars 2026), ainsi que des prix du groupe « Habillement et chaussures » (9,3% en avril 2026 contre 7,5% en mars 2026).

Entre le mois de Mars et Avril, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 1,1%. Au mois d’avril 2026, le taux d’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie) augmente à 4,8% après 4,6% le mois précédent. Les prix des produits libres (non encadrés) augmentent de 6,8% sur un an. Les prix des produits encadrés augmentent quant à eux de 1%. Les produits alimentaires libres ont connu une hausse de 9,3% contre 0,2% pour les produits alimentaires à prix encadrés.

Cette hausse dépasse le niveau de la hausse des salaires décidée la semaine dernière et qui était de 5%. La hausse décrétée a été déjà absorbée par l’inflation avant même de la toucher.

 

Les causes d’une hausse structurelle :

Malheureusement l’inflation en Tunisie est devenue structurelle. Les prix ne baissent pas parce que l’économie tunisienne subit frontalement une inflation importée. On dépend fortement de l’importation de plusieurs produits finis et semi-finis, des matières premières, et des intrants dans les produits industriels et même agricole. La Tunisie subit les fluctuations enregistrées dans les bourses mondiales. Même si les prix mondiaux se stabilisent ou baissent, le taux de change du dinar n’arrange pas les choses. En 2010, un euro s’échange contre 1.8 dinars, aujourd’hui il faut 3.4 dinars pour avoir un euro. Le dinar a perdu près de 46% de sa valeur durant les 15 dernières années. Cette situation est aussi le résultat de déséquilibres macro-économique graves tel que le déficit commercial qui a dépassé les 21 milliards de dinars, ou le déficit courant qui a atteint près de 2% du PIB.

Les prix ne baissent pas en Tunisie parce que les coûts de production locaux ont largement augmenté durant les dernières années. On cite à ce niveau le coût de la main d’œuvre, le coût de l’énergie, le transport, la fiscalité, et les coûts financiers (taux d’intérêt). Les producteurs  répercutent continuellement ces hausses sur les prix de vente.

Les prix ne baissent pas en Tunisie aussi à cause de circuits de distribution mal organisés, qui font intervenir plusieurs intermédiaires et qui sont opaques. Les différents intermédiaires facturent leurs marges et engendrent des hausses parfois inexpliquées des prix. Le nombre très limité des contrôleurs économiques du ministère du Commerce ne permet pas une bonne maitrise des circuits de distribution et une lutte efficace contre les spéculations les pratiques anticoncurrentielles et les lobbies.

La structure même du marché tunisien contribue à une hausse continue des prix et freine les baisses. Dans plusieurs secteurs on enregistre une concurrence très limitée qui ouvre la voie à des ententes entre les opérateurs. Cette situation est parfois engendrée par des barrières excessives à l’entrée qui limitent le nombre d’acteurs dans plusieurs secteurs. Cette situation favorise une certaine rigidité dans la baisse des prix.

Sur un autre plan, l’offre parfois limitée de certains produits sur le marché local constitue un terrain favorable pour la spéculation et la hausse des prix. On retrouve cette situation d’une manière permanente dans les produits agricoles. Les prix du piment ou des tomates ont augmenté considérablement durant les semaines dernières à cause d’une production insuffisante. Même après l’entrée de grandes quantités sur les marchés la baisse des prix était lente à cause de manipulations de certains intermédiaires.

En dernier lieu on peut mettre en cause les difficultés des finances publiques qui ne facilitent pas la baisse des prix. En effet, des ressources budgétaires limitées ne permettent pas à l’Etat d’intervenir pour amorcer la baisse de certains prix. Pour le cas de la viande rouge qui enregistre une hausse historique, le gouvernement n’a pas pris aucune mesure telle que l’importation ou le soutien à la production pour faire baisser les prix.

Les mesures prises par le ministère du commerce pour la fixation des prix de certains produits agricoles ou la fixation des marges bénéficiaires ont eu un impact limité sur la baisse des prix. Parfois ces décisions administratives ont eu un effet opposé parce qu’ils ont encouragé des pratiques spéculatives.

 

Les limites de la politique monétaire :

La Banque Centrale de Tunisie actionne le levier du taux directeur pour freiner et maitriser la hausse des prix. Le taux directeur fixé par la BCT actuellement à 7% augmente le coût de l’argent et freine la demande intérieure. Or ce niveau pénalise aussi l’investissement et la consommation et affaiblit la croissance. Or une croissance faible engendre une baisse des revenus et du pouvoir d’achat.

Afin de boucler le budget, le gouvernement a eu recours au financement de la Banque Centrale à des niveaux importants (7 milliards et 11 milliards pour 2026). Une opération qui risque de contribuer à une inflation importante durant les prochains mois. Plusieurs experts ont déjà alerté sur cette probabilité.

 

Tous ces éléments font que les prix ne baissent pas en Tunisie. Les niveaux des prix actuels sont le reflet d’un système sous contraintes multiples. Pour faire baisser les prix il faut améliorer la concurrence sur les marchés, moderniser et contrôler les circuits de distributions, soutenir l’appareil productif dans certains produits stratégiques, et adapter la politique monétaire aux exigences du marché.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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