Dans les années 70 et 80, la Tunisie avait fait un choix stratégique ambitieux : créer des banques de développement mixtes, souvent issues de partenariats entre l’État tunisien et des capitaux étrangers, pour financer l’investissement, structurer l’économie et accompagner l’industrialisation du pays. Ces institutions avaient une mission claire : combler les insuffisances du système bancaire classique et soutenir les projets structurants.
Quarante ans plus tard, le constat est sans appel : ce modèle piétine.
Un modèle en perte de vitesse
Les banques de développement, pour la plupart, ont été rattrapées par plusieurs limites structurelles :
Une gouvernance hybride souvent inefficace, tiraillée entre logiques publiques et impératifs privés
Une spécialisation progressivement diluée au profit d’activités bancaires classiques
Une incapacité à s’adapter aux mutations du financement moderne
Une exposition élevée au risque, notamment sur des projets peu rentables
Résultat : beaucoup de ces banques ont été absorbées, transformées ou marginalisées. Le modèle de la banque de développement, tel qu’imaginé dans les années post-indépendance, n’a pas su évoluer avec la même vitesse que l’économie.
BTK Bank : de la crise à la renaissance
Dans ce paysage morose, une exception attire aujourd’hui l’attention : la BTK.
Fondée en 1980 comme banque de développement tuniso-koweïtienne, la BTK incarne parfaitement l’évolution de ce modèle. Elle a connu plusieurs phases :
Une transformation en banque universelle au début des années 2000
Une privatisation et une prise de contrôle par le groupe français BPCE
Une période difficile marquée par des pertes prolongées après le désengagement progressif du partenaire français
Le tournant décisif intervient en 2021, lorsque la banque passe sous le contrôle du Groupe Elloumi, acteur privé tunisien puissant et structuré .
Une stratégie claire, des résultats concrets
Depuis ce changement d’actionnariat, la BTK semble avoir retrouvé un cap stratégique :
Retour à la rentabilité dès 2022 avec plus de 7 millions de dinars de bénéfices
Amélioration continue des résultats avec une progression significative du produit net bancaire et du résultat net en 2024
Assainissement du portefeuille, maîtrise des risques et modernisation de la gouvernance
La banque a su faire ce que beaucoup d’autres n’ont pas réussi : passer d’un modèle administratif à une logique de performance, sans renoncer à son rôle de financement de l’économie, notamment des PME.
Une leçon pour le secteur bancaire tunisien
Le cas de la BTK n’est pas anodin. Il met en lumière une réalité dérangeante :
Ce ne sont pas les banques de développement qui ont échoué, mais leur mode de gouvernance.
Là où les structures sont restées figées, dépendantes de logiques politiques ou bureaucratiques, la stagnation s’est installée. Là où un actionnariat clair, une stratégie assumée et une discipline de gestion ont été introduits, la relance est devenue possible.
L’histoire des banques de développement mixtes en Tunisie est celle d’un grand projet qui s’est essoufflé. Mais l’exemple de la BTK Bank montre qu’il ne s’agit pas d’un échec irréversible.
À condition de repenser la gouvernance, de clarifier les responsabilités et d’inscrire ces institutions dans une logique de performance durable, ces banques pourraient redevenir ce qu’elles auraient toujours dû être : des moteurs du développement, et non des reliques d’un autre temps.


























