La formation des ingénieurs tunisiens est reconnue pour son excellence académique et sa rigueur technique. Selon Ziad Bacha, ingénieur et homme d’affaires, l’ingénierie en Tunisie a toujours occupé une place prestigieuse dans la société et l’économie, grâce à des institutions comme l’École nationale d’ingénieurs de Tunis, fondée par le regretté Mokhtar Al-Atiri. Ces établissements ont permis de former des générations d’ingénieurs dotés de compétences scientifiques et techniques de haut niveau, capables de s’intégrer facilement sur les marchés internationaux.
Cette réputation a valu aux ingénieurs tunisiens une reconnaissance mondiale. Leur expertise dans les secteurs technologiques et de l’ingénierie avancée est particulièrement recherchée. Cependant, cette excellence a un revers : l’« hémorragie » des talents vers l’étranger, connue sous le nom de fuite des cerveaux, constitue aujourd’hui un véritable défi pour l’économie nationale.
Selon les dernières statistiques de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, près de 54 000 ingénieurs sur 100 000 travaillent actuellement à l’étranger. Chaque année, environ 8 000 ingénieurs diplômés rejoignent le marché du travail, tandis que près de 7 000 d’entre eux choisissent de partir à l’étranger. Ce déséquilibre pose un risque sérieux pour la capacité du pays à répondre à ses besoins en compétences techniques.
Ziad Bacha souligne que les raisons de cette émigration sont multiples : recherche d’un meilleur niveau de vie, manque de projets nationaux de grande envergure, opportunités limitées selon les spécialités, et attrait des entreprises internationales offrant des conditions plus attractives.
Pour freiner cette fuite et renforcer le marché local, plusieurs mesures sont nécessaires : attirer les grandes entreprises internationales, soutenir les PME et startups locales, simplifier les procédures administratives et bancaires, et développer des programmes de formation alignés sur les besoins réels du marché du travail. Des initiatives comme les partenariats internationaux de TED University permettent déjà aux étudiants tunisiens d’acquérir des compétences pratiques et une expérience internationale tout en restant dans le pays.
En somme, l’ingénieur tunisien représente un capital humain précieux. Le défi actuel consiste à créer un environnement capable de retenir ces talents et de transformer leur excellence en moteur de développement économique national.
Bilel Bouali


























