Pour Kamel Ben Saad, directeur de l’École nationale d’ingénieurs de Tunis, l’émigration des ingénieurs tunisiens s’inscrit dans le phénomène mondial de la « fuite des cerveaux ». Mais selon lui, cette réalité doit être analysée sous un autre angle : celui de la qualité de la formation elle-même.
Aujourd’hui, l’ingénieur tunisien est formé selon des standards internationaux reconnus par les grandes écoles d’ingénieurs dans le monde. Ses compétences lui permettent de travailler aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger. « Quand nous formons un ingénieur selon des compétences validées mondialement, il est naturel qu’il soit employable partout », explique Ben Saad. Pour lui, la mobilité internationale n’est donc pas un signe d’échec, mais un témoignage de l’excellence académique.
Cependant, cette excellence pose un double défi pour les entreprises locales : si nos ingénieurs peuvent briller à l’international, les institutions tunisiennes peinent parfois à les retenir face à des offres plus attractives en termes de salaire, d’environnement ou de perspectives de carrière. La concurrence n’est plus seulement nationale : elle est mondiale, et le télétravail renforce cette dynamique.
La formation à l’École nationale d’ingénieurs repose sur un tronc commun solide, couvrant mathématiques, physique et sciences de l’ingénieur, suivi de spécialisations adaptées. Cette approche permet de créer des ingénieurs polyvalents, capables de s’adapter à des environnements technologiques en constante évolution, y compris l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la transformation numérique.
L’apprentissage ne se limite pas à la théorie : les stages et le projet de fin d’études, d’une durée de quatre à six mois, plongent l’étudiant dans des problématiques réelles. « Cette immersion est cruciale : elle permet de passer du savoir théorique à la pratique concrète », souligne Ben Saad. De plus, l’école valorise les soft skills : leadership, travail en équipe, communication et créativité sont intégrés à la formation, tout comme l’ouverture internationale grâce aux échanges et projets en partenariat avec des institutions étrangères.
Pour Ben Saad, le véritable enjeu ne réside pas dans la formation elle-même, mais dans la capacité de l’économie tunisienne à retenir ses talents. La Tunisie doit créer un environnement attractif qui permette aux ingénieurs de mettre en pratique leurs compétences sans avoir à chercher des opportunités à l’étranger.
Ainsi, la réussite de la formation en ingénierie tunisienne est à la fois une fierté et un défi : un atout majeur pour le pays si l’on parvient à équilibrer excellence académique et opportunités professionnelles locales.


























