Le retour de Donald Trump au centre du débat politique mondial — que ce soit par ses déclarations, son influence persistante sur la politique américaine ou la possibilité d’un nouveau mandat — agit comme un catalyseur des fractures géopolitiques actuelles. Protectionnisme assumé, diplomatie transactionnelle, remise en cause des alliances traditionnelles et usage systématique de la pression économique : le « trumpisme » a profondément modifié l’environnement international. Dans ce contexte, le BRICS apparaît moins comme un simple regroupement économique que comme une réponse politique structurée à l’unilatéralisme américain incarné par Trump.
Trump et la redéfinition brutale de l’ordre mondial
La présidence Trump (2017-2021) a marqué une rupture nette avec le multilatéralisme. Retrait des accords de Paris sur le climat, affaiblissement de l’OMC, menaces répétées contre l’OTAN, sanctions extraterritoriales : ces décisions ont contribué à délégitimer les institutions dominées par l’Occident. Pour les pays du BRICS, cette posture a servi de preuve tangible de la vulnérabilité du système international centré sur Washington.
Trump n’a jamais caché son hostilité envers les puissances émergentes, en particulier la Chine, qualifiée de « menace stratégique », et la Russie, traitée alternativement comme adversaire et partenaire opportuniste. Cette imprévisibilité a renforcé chez les BRICS la conviction qu’un monde multipolaire n’était plus un choix idéologique, mais une nécessité politique.
Le Venezuela : sanctions trumpiennes et solidarité anti-hégémonique
Le dossier vénézuélien illustre parfaitement l’approche trumpienne : sanctions économiques massives, reconnaissance d’un président alternatif, tentatives d’isolement diplomatique. Cette stratégie, présentée comme une défense de la démocratie, a été perçue par les BRICS — en particulier la Russie et la Chine — comme une ingérence directe dans la souveraineté d’un État.
Face à ces actions, le BRICS s’est progressivement positionné comme un espace de résistance aux sanctions américaines. Le cas du Venezuela a renforcé la coopération financière hors dollar, un axe central du projet BRICS, visant à réduire l’arme économique privilégiée par Trump : la domination du système financier américain.
L’Iran : pression maximale et polarisation mondiale
La sortie unilatérale de Trump de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) a provoqué une onde de choc diplomatique. En réinstaurant des sanctions sévères, Trump a non seulement fragilisé l’économie iranienne, mais aussi mis en difficulté ses alliés européens. Les manifestations en Iran, bien que d’origine interne, ont été instrumentalisées par Washington comme levier politique.
Pour les BRICS, cette stratégie de « pression maximale » confirme une lecture commune : les États-Unis sous Trump privilégient la contrainte au dialogue, poussant les pays visés à se rapprocher de blocs alternatifs. La Chine et la Russie ont ainsi renforcé leurs liens avec Téhéran, intégrant l’Iran dans une logique plus large de coopération Sud-Sud.
Le Paraguay et l’Amérique latine face au chantage géopolitique
Sous Trump, l’Amérique latine est redevenue une zone d’influence directe des États-Unis. Pressions diplomatiques, conditionnement de l’aide économique, menaces commerciales : autant d’outils utilisés pour contenir l’expansion chinoise. Le Paraguay, l’un des rares pays reconnaissant encore Taïwan, se retrouve au cœur de cette rivalité.
Cette situation illustre un effet paradoxal du trumpisme : en cherchant à bloquer l’influence du BRICS, Washington pousse de nombreux États à diversifier leurs partenariats, renforçant indirectement l’attractivité du bloc.
Ukraine–Russie : héritage trumpien et fractures durables
Bien que la guerre en Ukraine ait éclaté après la présidence Trump, ses positions passées ont lourdement pesé. Son scepticisme vis-à-vis de l’OTAN, ses relations ambiguës avec Vladimir Poutine et son refus de livrer certaines armes à Kiev ont fragilisé l’unité occidentale.
Pour le BRICS, cette situation révèle une opportunité stratégique : l’incapacité des États-Unis à incarner un leadership cohérent ouvre un espace pour des puissances qui prônent — au moins officiellement — la non-ingérence et la négociation. Le conflit ukrainien cristallise ainsi le basculement progressif vers un ordre mondial fragmenté.
La Chine : principale cible de Trump, moteur du BRICS
La guerre commerciale lancée par Trump contre la Chine a accéléré un découplage économique mondial. Tarifs douaniers, restrictions technologiques, discours de confrontation : loin d’affaiblir Pékin, ces mesures ont renforcé sa volonté de bâtir des alliances alternatives.
Le BRICS devient alors un outil stratégique central pour la Chine, lui permettant de contourner les marchés occidentaux, d’imposer ses normes et de consolider son leadership économique et technologique, notamment dans l’intelligence artificielle.
L’Europe marginalisée par le trumpisme
Trump a régulièrement qualifié l’Union européenne de « rivale », allant jusqu’à menacer de sanctions commerciales ses alliés historiques. Cette attitude a affaibli la cohésion transatlantique et exposé l’Europe à une dépendance stratégique accrue.
Pour le BRICS, une Europe fragilisée et divisée est à la fois un partenaire potentiel et un acteur en perte d’influence. Le trumpisme a ainsi contribué à reléguer l’Europe à un rôle secondaire dans la recomposition géopolitique mondiale.
Climat, intelligence artificielle et retrait américain
Le retrait de Trump des accords climatiques a laissé un vide politique majeur. Face à l’inaction américaine, les BRICS — malgré leurs contradictions — se sont positionnés comme acteurs incontournables des négociations climatiques et technologiques.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, la rivalité sino-américaine initiée sous Trump a accéléré la course mondiale à la puissance algorithmique. Le BRICS pourrait devenir un pôle alternatif de gouvernance technologique, en opposition aux standards occidentaux dominés par les États-Unis.
Afrique et nouvelles zones d’influence
Le désintérêt relatif de Trump pour l’Afrique, souvent réduit à une approche sécuritaire ou migratoire, a laissé le champ libre au BRICS. Investissements chinois, coopération militaire russe, partenariats indiens : l’Afrique devient un pilier stratégique du monde post-trumpien.
Conclusion
Le trumpisme, loin d’être une parenthèse, a agi comme un accélérateur historique. En affaiblissant le multilatéralisme, en banalisant l’unilatéralisme et en utilisant la coercition économique comme arme politique, Donald Trump a contribué à renforcer la logique même qui sous-tend le BRICS.
L’avenir du BRICS ne se construit pas seulement contre l’Occident, mais dans le vide laissé par une Amérique imprévisible. Si Trump devait revenir au pouvoir, cette dynamique pourrait s’intensifier, faisant du BRICS non plus une alternative marginale, mais l’un des piliers structurants du nouvel ordre mondial.
Ben Heddai Abdellatif