En 2025, la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis (BVMT) a confirmé un comportement devenu structurel : un marché peu profond, très concentré, où une poignée de grandes capitalisations fait l’essentiel de la performance, pendant qu’une large partie de la cote reste en marge des flux.
Des indices en progression modérée, sans effet d’entraînement
Sur l’ensemble de l’année 2025, l’indice de référence TUNINDEX a évolué dans une fourchette de +5 % à +8 %, une performance honorable en apparence, mais trompeuse dans sa composition.
Plus de 60 % de la hausse est attribuable à moins de 10 valeurs, essentiellement issues du secteur bancaire et de quelques groupes industriels historiques.
À titre d’exemple :
• BIAT et Amen Bank ont affiché des progressions annuelles comprises entre +10 % et +15 %, soutenues par des résultats récurrents et des dividendes élevés.
• BNA Bank, malgré un contexte plus contraint, a bénéficié d’un regain d’intérêt lié à l’amélioration de ses fondamentaux.
À l’inverse, près de 40 % des sociétés cotées ont terminé l’année avec une performance nulle ou négative, révélant une Bourse qui monte sans entraîner sa base.
Banques : près de la moitié de la capitalisation
Le secteur bancaire a concentré en 2025 environ 45 % de la capitalisation boursière totale et plus de 55 % des volumes échangés sur certaines séances actives.
Outre BIAT et Amen Bank, UIB et Attijari Bank Tunisie ont continué à jouer leur rôle de valeurs refuges.
Dans un marché boursier tunisien marqué en 2025 par la concentration des performances et la prudence des investisseurs, Banque de Tunisie apparaît comme un acteur disposant d’un potentiel encore sous-exploité sur la place financière.
Banque universelle solidement implantée, la Banque de Tunisie dispose d’atouts structurels importants : une base clientèle diversifiée, une présence historique sur le financement de l’économie et une capacité reconnue d’adaptation aux mutations du secteur bancaire. Dans un contexte où la BVMT reste dominée par quelques grandes valeurs bancaires, un positionnement boursier plus affirmé de la BT pourrait contribuer à élargir la profondeur du marché et à renforcer la liquidité du secteur financier coté.
Les investisseurs ont privilégié :
• des résultats nets récurrents, souvent supérieurs à 200 millions de dinars pour les grandes banques,
• des dividendes offrant des rendements compris entre 7 % et 10 %, nettement au-dessus de la moyenne du marché.
Cette domination bancaire a toutefois renforcé la dépendance de la BVMT à un seul secteur, limitant sa capacité à refléter la diversité de l’économie tunisienne.
Industrie et consommation : des poches de résistance
Certains groupes industriels ont tiré leur épingle du jeu en 2025.
Le groupe Poulina Group Holding (PGH) a maintenu une capitalisation élevée grâce à la solidité de ses activités agro-alimentaires et industrielles, malgré une progression boursière modérée (de l’ordre de +4 % à +6 %).
Dans les biens de consommation, SFBT est restée une valeur défensive par excellence :
• faible volatilité,
• rendement du dividende proche de 6 %,
• volumes réguliers, même en période de tension du marché.
PME cotées : invisibles malgré des fondamentaux parfois solides
En 2025, plus de 25 sociétés ont enregistré un volume annuel moyen inférieur à 50 000 dinars par séance, rendant toute valorisation de marché peu significative.
Des entreprises rentables, parfois en croissance, se retrouvent pénalisées par :
• l’absence de recherche financière,
• une communication limitée,
• un flottant trop réduit.
Cette situation entretient un cercle vicieux : pas de liquidité, donc pas d’investisseurs, donc pas de liquidité.
Un marché de rendement plus que de croissance
Le dividende est resté le principal moteur d’investissement. Selon les estimations du marché, plus de 65 % des flux acheteurs en 2025 ont été motivés par des arbitrages de rendement.
Dans un contexte de taux élevés et de concurrence accrue des placements obligataires, la BVMT s’est comportée comme :
• un marché de portage,
• plutôt qu’un marché de financement de projets et d’expansion.
Les augmentations de capital sont restées rares et limitées, souvent cantonnées à des opérations techniques ou de restructuration.
Une Bourse déconnectée de l’investissement productif
En 2025, les levées de fonds via le marché actions ont représenté moins de 1 % du financement global des entreprises tunisiennes, confirmant la marginalisation de la BVMT dans l’économie réelle.
Sans nouvelles introductions significatives, sans élargissement de la base d’investisseurs et sans incitations fiscales fortes, la Bourse de Tunis continue d’évoluer dans un périmètre restreint.
l’année 2025 aura confirmé une réalité désormais assumée : la BVMT est une Bourse stable mais étroite, résiliente mais peu inclusive, performante pour les grandes valeurs bancaires et industrielles, mais incapable d’entraîner l’ensemble du tissu économique.