Son nom est parfois utilisé comme une insulte, et pourtant c’est un animal qui a largement servi l’humanité et surtout les petits agriculteurs. L’âne est aujourd’hui une espèce en voie de disparition puisqu’il est devenu le centre d’un business très lucratif. En Tunisie, les chiffres sur le cheptel des ânes ne sont pas actualisés et l’animal ne bénéficie d’aucun intérêt au niveau des services vétérinaires.
La population des ânes dans le monde est en nette régression à cause d’une demande chinoise croissante qui utilise les vertus sanitaires de sa peau appelé « ejiao ».
Un business juteux :
Le paysage est devenu très rare, celui de voir une charrette tirée par un âne. La mécanisation et le développement des moyens de transport ont nettement réduit l’usage des ânes en Tunisie. Les derniers chiffres officiels recensent 123.000 têtes en 2011. Certains experts évoquent une baisse considérable de plus de 50% durant les dernières années. L’usage des ânes a nettement baissé, et leur élevage n’est plus rentable. Plusieurs têtes passent à l’abattage et leur viande est commercialisée soit comme une viande d’équidés convoités par plusieurs consommateurs, soit par certains commerçants trafiquants pour de la viande bovine.
La chute drastique du cheptel a poussé même l’association ACAM présidé par un groupe de vétérinaire à lancer une campagne de sauvegarde des ânes. Certains laboratoires de recherches dans les instituts vétérinaires travaillent actuellement sur l’analyse de l’espèce et la race des ânes tunisiens et la manière de les préserver.
En 2017, une entreprise chinoise s’est installée en Tunisie pour l’abattage et la commercialisation de la viande et la peau des ânes. Une entreprise totalement exportatrice qui longtemps puisé dans le cheptel tunisien. La société a été obligée de fermer suite à un contrôle sanitaire et la saisie d’une grande quantité de viande incomestible. C’était le motif déclaré par les autorités sanitaires, mais la raison on est toute autre, celle de mettre fin à ce commerce d’une manière légale.
Le business des ânes en Tunisie est très lucratif parce qu’il existe une demande croissante vu son prix très bas en tant que viande rouge, et son utilisation pour les saucissons et les merguez.
La demande chinoise :
A l’échelle internationale, c’est la Chine qui est derrière la baisse de la population d’ânes dans le monde. En effet, les chinois utilisent surtout la peau des ânes pour fabriquer un ancien produit appelé « ejiao ». Ce produit possède des qualités sanitaires importantes puisqu’il est utilisé pour arrêter le saignement et améliorer la qualité du sang. Il est aussi utilisé pour la fabrication de produits de beauté. Le kilo est commercialisé pour 2500 dinars tunisiens. Selon certaines sources de presse, le chiffre d’affaire de ce business est passé de 3.2 milliards de dollars en 2013 à 8 milliards de dollars en 2021. Ce sont plus de 6 millions d’ânes qui sont abattus chaque année pour leur peau et principalement destinés vers la Chine.
Les chinois puisent actuellement sur le marché africains qui représente plus de 2/3 de la population mondiale d’ânes. Dans certaines zones rurales africaines l’âne a une importance stratégique puisqu’il est capable de traverser les routes les plus difficiles et montagneuses. Cette situation a poussé plusieurs pays africains à interdire l’exportation et l’abattage des ânes tel que le Kenya, la Tanzanie, le Burkina Faso, le Botswana, le Mali, le Niger et le Sénégal. Malgré les restrictions, le trafic des ânes continue encore dans certains pays africains.
En Tunisie l’exportation n’est pas interdite, mais certaines restrictions administratives et sanitaires sont imposées.
Dans cette foulée l’Union Africain s’est saisie de l’affaire. Au mois de Décembre 2023 elle a approuvé un rapport appelant à un moratoire sur le commerce de la peau d’âne. Ces recommandations ont été soumises à l’Assemblée des chefs d’Etats et de gouvernements, qui l’ont adoptée en février 2024.
Au mois de Juillet 2025 près de 200 décideurs, parlementaires, scientifiques, vétérinaires, ONG et représentants de la société civile se sont réunis lors de la deuxième Conférence panafricaine sur l’âne (PADCO-2) en Côte d’Ivoire. Les participants ont pris 3 décisions structurantes à savoir :
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Validation de la Stratégie panafricaine pour l’âne (2026–2035)
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Adoption de la Déclaration d’Abidjan et du moratoire indéfini sur l’abattage pour les peaux
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Lancement d’un Programme continental de l’Âne et dynamique politique panafricaine.
























