Une reconnaissance historique pour le Sud tunisien
Le 15 avril 2026, la Tunisie a obtenu une reconnaissance internationale majeure : le Géoparc du Dahar, qui s’étend sur 6 375 km² entre Gabès, Tataouine et Médenine, a été officiellement inscrit sur la liste des Géoparcs mondiaux de l’UNESCO, à l’unanimité du Conseil exécutif réuni à Paris.
Cette inscription fait du Dahar le premier Géoparc mondial UNESCO de Tunisie, le troisième en Afrique après le Maroc et la Tanzanie, et l’un des rares territoires du monde arabe à bénéficier de ce prestigieux label.
Au total, le réseau compte désormais 241 Géoparcs mondiaux répartis dans 51 pays.
Un voyage au cœur de 250 millions d’années
Le Dahar n’est pas simplement une succession de paysages spectaculaires. C’est une véritable mémoire géologique de la planète.
La région conserve des formations témoignant de l’histoire des 250 derniers millions d’années, avec des couches sédimentaires, des reliefs façonnés par l’érosion, des grottes, des fossiles et des paysages hérités de transformations géologiques majeures.
Parmi les joyaux du territoire figure le Jebel Tebaga à Médenine, qui abrite le seul affleurement marin connu du Permien supérieur sur le continent africain, vieux de plus de 250 millions d’années.
Le territoire est également lié à l’histoire de la séparation de la Pangée et à l’ouverture du Grand Rift, qui a contribué à la formation de l’océan Téthys.
Des dinosaures et un crocodile géant au cœur du désert
Le Dahar possède aussi un patrimoine paléontologique exceptionnel.
La région a notamment livré des traces et restes de dinosaures et de reptiles datant du Jurassique supérieur et du Crétacé inférieur.
Parmi les découvertes les plus spectaculaires figurent Tataouinea hannibalis, un dinosaure herbivore de la famille des Rebbachisauridés, ainsi que Machimosaurus rex, considéré comme l’un des plus grands crocodiles marins connus.
Autrement dit, bien avant les ksour et les villages troglodytes, le Dahar était déjà un territoire de géants.
Quand la géologie rencontre le génie humain
La richesse du Dahar ne s’arrête évidemment pas aux roches et aux fossiles.
Le territoire abrite des habitats troglodytiques, des ksour, des grottes, des jessour et des systèmes traditionnels de gestion de l’eau.
Ces constructions témoignent d’une capacité d’adaptation remarquable des populations locales à un environnement marqué par l’aridité, les températures extrêmes et la rareté de l’eau.
Le patrimoine géologique et le patrimoine culturel se retrouvent ainsi intimement liés.
Un potentiel économique considérable
Derrière le prestige du label UNESCO se trouve surtout une opportunité économique majeure.
Le Dahar couvre 12 communes et abrite près de 330 000 habitants. L’agriculture et l’élevage constituent encore des activités essentielles, mais le géotourisme, l’écotourisme, l’artisanat et la valorisation des produits locaux pourraient devenir de nouveaux moteurs de développement.
La proximité de l’aéroport international de Djerba-Zarzis, accessible en environ 90 minutes, constitue également un avantage pour attirer davantage de visiteurs internationaux.
L’objectif est de proposer une expérience différente du tourisme balnéaire classique : paysages, géologie, patrimoine, gastronomie, artisanat et traditions locales réunis dans une même destination.
Un label prestigieux… mais pas acquis pour toujours
L’inscription à l’UNESCO ne constitue toutefois pas un blanc-seing permanent.
Le statut de Géoparc mondial est attribué pour quatre ans, avant une procédure de réévaluation. Si le site respecte les critères, il obtient un « carton vert ». En cas de manquements, un « carton jaune » peut être attribué avec un délai de deux ans pour corriger la situation. À défaut, le label peut être retiré : carton rouge.
Le véritable défi commence donc maintenant : protéger le patrimoine, impliquer les populations locales, développer les infrastructures et transformer la reconnaissance internationale en emplois, investissements et revenus durables.
Le Dahar peut devenir une nouvelle vitrine de la Tunisie
Avec son histoire géologique exceptionnelle, ses fossiles, ses dinosaures, ses paysages, ses ksour et son patrimoine culturel, le Géoparc du Dahar possède tous les ingrédients pour devenir l’une des grandes destinations de géotourisme en Méditerranée et en Afrique.
Le pari est désormais de faire du label UNESCO plus qu’un titre prestigieux : un véritable levier de développement pour Tataouine, Médenine et Gabès.
Le Dahar vient de décrocher le label mondial. À la Tunisie maintenant de transformer 250 millions d’années d’histoire en une nouvelle richesse pour les générations futures.




















