Avec la fin de l’année universitaire 2025-2026, plusieurs jeunes vont se confronter à la réalité du marché du travail. Plus de 8 cas sur 10 dix vont se trouver au chômage. De leurs côtés les familles s’apprêtent à cueillir les fruits de leurs sacrifices pour l’éducation de leurs enfants. Un retour sur investissement très attendu en ces temps difficiles.
Des ressources humaines qualifiées et un véritable gâchis :
Le pays aussi s’attend à un retour sur investissement. En moyenne un étudiant coûte à l’Etat plus de 7500 dinars. La Tunisie consacre en moyenne 6 à 7% de son PIB pour l’éducation.
Annuellement ce sont plus de 55.000 nouveaux diplômés qui débarquent sur le marché de l’emploi à la recherche d’un travail adapté à leur formation. Ces nouveaux diplômés issus de plus de 200 établissements universitaires dont 24 écoles d’ingénieurs, 11 pôles technologiques
La Tunisie est connue à l’échelle internationale par la qualité de ses diplômés et ses ressources humaines. Selon les dernières données de l’Institut de statistique de l’UNESCO, le pays figure parmi les leaders mondiaux en matière de formation dans les filières stratégiques.
Avec 37,9 % de diplômés du supérieur issus des disciplines sciences, technologies, ingénierie et mathématiques STIM, la Tunisie se classe deuxième au niveau mondial, juste derrière la Malaisie (43,5 %). Pour l’année universitaire 2024-2025, les universités tunisiennes ont produit 37524 licenciés, 3110 ingénieurs, 6885 master professionnel, 1501 docteurs, 230 architectes, 3200 diplômés en IA et data.
Malgré la qualité de ces ressources humaines, la Tunisie compte parmi les pays ayant le plus grand taux de chômage des diplômés. Le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur est de 24,2 % (contre 15 % pour l’ensemble de la population active). Ce chômage touche sévèrement les femmes, avec un taux alarmant de 32 % chez les diplômées, contre 14,2 % chez les hommes.
Cette situation constitue un gâchis de capital humain, pousse plusieurs de nos jeunes à immigrer, et source de tensions sociales graves. Les manifestations des chômeurs diplômés durant les derniers jours sont l’un des signes de cette grogne. L’enjeu est de transformer cette ressource humaine de qualité en moteur de croissance économique. En pratique l’économie tunisienne est tenue de créer chaque année une moyenne de 130.000 nouveaux postes d’emploi pour pouvoir réduire le stock de chômeurs. Selon le rapport de la Banque Centrale, la Tunisie a créé 124.000 postes d’emplois en 2025.
Des pistes pour absorber les nouveaux diplômés :
Pour pouvoir absorber ces nouveaux diplômés sur le marché du travail, la politique de l’Etat doit se concentrer sur :
- La relance de l’investissement afin d’atteindre un taux dépassant les 26%. Pour y parvenir il est important de faciliter les procédures administratives pour la création d’entreprises, assurer la stabilité juridique et de la règlementation fiscale, la digitalisation des services publics à l’instar de ce qui a été fait au niveau du RNE récemment,…
- Développer les secteurs les plus intensifs en main d’œuvre et dont la Tunisie dispose un avantage comparatif tel que les industries mécaniques et électriques, les technologies numériques (fintech, cloud, data analysis, services numériques exportés…),
- Booster l’investissement dans les services exportables tel que les centres d’appels, l’ingénierie, la comptabilité, les services médicaux à distance,…
- Orienter les jeunes vers la culture de l’entreprenariat à travers la facilitation de l’accès au financement et la disponibilité des fonds d’amorçage et la généralisation des incubateurs dans toutes les universités et les régions.
- Encourager encore plus l’Investissement Direct Etrangers qui a enregistré une hausse de 35% en 2025 et 24% durant les 4 premiers mois de l’année. Cet encouragement doit obligatoirement passer par la création de zones industrielles spécialisées, le développement de l’infrastructure numérique et surtout la facilitation des procédures administratives pour les étrangers.
- Créer des liens encore plus fort entre l’université et l’entreprise pour réduire le décalage entre les compétences enseignées et les besoins du marché du travail.
Ces pistes peuvent constituer des orientations pour une politique globale de l’emploi en Tunisie. Le plus important est de faire croitre l’économie suffisamment pour pouvoir créer des emplois qualifiés. L’objectif pour la Tunisie doit être une croissance de 5 à 6% annuellement pour pouvoir réduire le chômage et absorber les nouveaux venus sur le marché de l’emploi. Or le nouveau plan de développement 2026-2030 a mis comme objectif un taux de croissance annuel moyen de 4.2% et vise à porter l’investissement à 20% du PIB. Un objectif qui ne cadre pas avec les besoins.




















