La chaleur extrême est désormais considérée comme un risque systémique majeur pour l’agriculture mondiale et, par extension, pour les systèmes alimentaires et les moyens de subsistance de 1,23 milliard de personnes dépendant directement de ce secteur, selon un rapport conjoint de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et de l’Organisation météorologique mondiale.
Intitulé « Chaleur extrême et agriculture », le rapport souligne que l’intensification des vagues de chaleur agit comme un multiplicateur de risques, entraînant déjà une baisse des rendements agricoles, une mortalité accrue du bétail et une transformation profonde des écosystèmes marins.
Des rendements agricoles en chute continue
Les cultures de base figurent en première ligne face au réchauffement climatique. Selon les données du rapport, chaque degré Celsius de réchauffement entraîne déjà une baisse d’environ 7,5 % pour le maïs et 6 % pour le blé à l’échelle mondiale. Les projections indiquent que ces pertes pourraient encore augmenter de 10 % supplémentaires par degré.
Pour compenser cette baisse de productivité, environ 88 millions d’hectares supplémentaires ont été mis en culture entre 1992 et 2020, générant des émissions de CO₂ équivalentes à près d’un cinquième des émissions liées à l’usage des terres.
Le bétail et les écosystèmes sous pression
Le stress thermique affecte fortement la santé et la productivité animale. D’ici 2100, dans un scénario d’émissions élevées, près de la moitié du cheptel mondial pourrait être exposée à des conditions de chaleur dangereuses, avec des pertes estimées à 40 milliards de dollars par an pour la production de viande et de lait.
Les écosystèmes marins et forestiers sont également touchés : en 2024, 91 % des océans ont subi au moins une vague de chaleur, tandis que les incendies ont contribué à 26 à 29 % de la perte de couverture forestière mondiale au cours des deux dernières décennies.
Les travailleurs agricoles en première ligne
Le rapport met aussi en évidence l’impact direct sur la main-d’œuvre agricole : la productivité chute de 2 à 3 % pour chaque degré au-dessus de 20°C. En 2021, la chaleur extrême a réduit le potentiel de travail mondial de 470 milliards d’heures, soit une hausse de 37 % par rapport aux années 1990.
Les ménages les plus vulnérables sont les plus touchés, avec une perte moyenne de revenus estimée à 5 %, pouvant atteindre 8 % pour les ménages dirigés par des femmes.
L’adaptation ne suffit pas sans action climatique globale
Si le rapport insiste sur la nécessité de renforcer l’adaptation — notamment via les systèmes d’alerte précoce et les mesures anticipatoires —, il conclut que seule une réduction ambitieuse et coordonnée des émissions de gaz à effet de serre permettra de limiter durablement les impacts de la chaleur extrême sur l’agriculture mondiale.




















