À l’occasion de la présentation du Baromètre EY 2026, Hichem Rebai, Directeur Général de la Banque de Tunisie, a livré une lecture lucide et structurée de la situation économique tunisienne, mêlant prudence, réalisme et appel à une nouvelle dynamique d’investissement.
Dans une intervention marquée par des chiffres révélateurs et des analyses approfondies, il a estimé que les entreprises tunisiennes semblent progressivement passer « d’une zone d’appréhension vers une dynamique portée par des anticipations plus positives ».
Des signaux encourageants malgré les fragilités
Pour Hichem Rebai, certains indicateurs démontrent que les chefs d’entreprise restent capables de se projeter malgré un environnement difficile. Il a notamment rappelé que la croissance tunisienne a atteint 2,6 % et que la note souveraine du pays a été améliorée par Fitch Ratings à B- avec perspective stable.
Autre élément jugé significatif : 82 % des entreprises tunisiennes envisagent de maintenir ou d’augmenter leur niveau d’investissement.
« Ce chiffre traduit une volonté de résilience et une certaine confiance dans l’avenir », a-t-il souligné.
La pression fiscale au cœur des préoccupations
Le Directeur Général de la Banque de Tunisie a toutefois insisté sur la montée des inquiétudes liées à la fiscalité.
Selon lui, la pression fiscale est désormais devenue la principale préoccupation des entreprises tunisiennes, devant même d’autres facteurs économiques.
Au-delà de la taxation elle-même, les opérateurs économiques s’interrogent surtout sur l’efficacité réelle des mesures fiscales et leur impact sur l’investissement et la compétitivité.
L’agilité stratégique devient une nécessité
Hichem Rebai a également insisté sur l’urgence pour les entreprises de revoir leurs stratégies afin de s’adapter à un environnement devenu extrêmement mouvant.
Pour lui, l’agilité n’est plus un simple concept managérial, mais une condition de survie économique.
Les entreprises doivent désormais être capables de modifier rapidement leurs modèles économiques, de réorienter leurs activités et d’intégrer les mutations technologiques et géopolitiques qui bouleversent l’économie mondiale.
Intelligence artificielle : un retard préoccupant
L’un des points les plus marquants de l’intervention concerne l’intelligence artificielle.
Le responsable bancaire a exprimé son inquiétude face au faible niveau d’engagement des entreprises tunisiennes dans ce domaine stratégique.
Près d’un tiers des entreprises tunisiennes ne disposent d’aucun budget consacré à l’intelligence artificielle, tandis que les initiatives existantes restent souvent limitées à des expérimentations ponctuelles.
Pour Hichem Rebai, cette situation risque de creuser davantage l’écart technologique avec les économies les plus compétitives.
Un environnement international sous tension
Sur le plan international, le Directeur Général de la Banque de Tunisie a évoqué un contexte marqué par :
* le ralentissement de la croissance mondiale ;
* les tensions géopolitiques ;
* la montée du protectionnisme ;
* ainsi que les profondes mutations technologiques liées à l’IA.
Il estime notamment que les nouvelles politiques tarifaires américaines marquent une rupture importante avec le modèle du libre-échange qui a dominé les dernières décennies.
Une économie tunisienne sous fortes contraintes
Hichem Rebai a également alerté sur plusieurs fragilités structurelles de l’économie tunisienne.
Il a rappelé que la dépendance énergétique du pays demeure très élevée, alors que les fluctuations du prix du pétrole et du dollar continuent d’exercer une pression considérable sur les finances publiques.
Mais l’un des constats les plus préoccupants concerne le taux d’investissement national, tombé aujourd’hui à environ 8 %, contre près de 22 % auparavant.
« Cette chute est brutale et inquiétante. Elle limite notre capacité à créer de la richesse et à renforcer la résilience de notre économie », a-t-il affirmé.
Le secteur bancaire face à une mutation profonde
Enfin, Hichem Rebai a évoqué les transformations du secteur bancaire tunisien.
Il a notamment souligné le niveau encore élevé des créances classées dans les banques tunisiennes, estimé entre 14 % et 15 %.
Il a également observé un changement progressif dans la structure des revenus bancaires, avec une hausse importante des revenus issus des portefeuilles d’investissement au détriment du financement direct de l’économie.
Cette évolution pose, selon lui, une question fondamentale :
« Les banques tunisiennes ont-elles changé durablement de modèle économique ou s’agit-il d’une adaptation imposée par le contexte actuel ? »
Restaurer la confiance et relancer l’investissement
En conclusion, Hichem Rebai a plaidé pour une nouvelle dynamique économique fondée sur la visibilité, la confiance et l’investissement.
Face aux mutations technologiques, géopolitiques et économiques mondiales, il estime que la Tunisie doit impérativement reconstruire les conditions d’une croissance durable, plus résiliente et davantage tournée vers l’innovation et la compétitivité.























