La généralisation progressive de la facturation électronique, présentée comme une réforme structurante pour la modernisation du système fiscal et la lutte contre l’économie informelle, a connu un démarrage particulièrement difficile. Les premières semaines de mise en œuvre ont révélé un décalage important entre les ambitions réglementaires et la réalité opérationnelle des entreprises.
En janvier, une large majorité d’entreprises, toutes tailles confondues, n’a pas été en mesure d’émettre des factures électroniques conformément aux nouvelles dispositions. Difficultés techniques, plateformes non totalement opérationnelles, manque de clarté dans les procédures, absence de tests grandeur nature et insuffisance de formation ont paralysé les services comptables et financiers. Résultat : des factures retardées, parfois bloquées, et des cycles de facturation interrompus.
Cette situation n’est pas sans conséquences sur les finances publiques. L’impossibilité pour de nombreuses entreprises de facturer normalement en janvier a mécaniquement repoussé la collecte de la TVA et des autres taxes liées aux transactions commerciales. Les premiers signaux laissent ainsi présager une baisse sensible des recettes fiscales attendues au mois de février, mois durant lequel sont généralement constatés les encaissements correspondant à l’activité de janvier.
Au-delà de l’impact conjoncturel, cette transition mal maîtrisée risque d’éroder la confiance des opérateurs économiques. Plusieurs entreprises se retrouvent dans une situation paradoxale : tenues par la loi de respecter la facturation électronique, mais privées des outils et de l’accompagnement nécessaires pour s’y conformer pleinement. Certaines ont même dû suspendre temporairement leur activité, avec des répercussions directes sur leur trésorerie et leurs engagements vis-à-vis de leurs clients et fournisseurs.
Il apparaît aujourd’hui indispensable de procéder à des ajustements rapides. Une période transitoire plus souple, un accompagnement technique renforcé, une communication plus claire et une tolérance administrative ciblée permettraient de sécuriser la réforme sans pénaliser l’activité économique ni compromettre les recettes de l’État.
La facturation électronique demeure un levier essentiel de modernisation et de transparence. Encore faut-il que sa mise en œuvre soit progressive, pragmatique et alignée sur les capacités réelles des entreprises. À défaut, une réforme pensée pour améliorer le rendement fiscal pourrait, à court terme, produire l’effet inverse.





















