La tentation est grande, dans les périodes de turbulence, de concentrer la colère sur un seul visage : celui de l’entraîneur. À l’Espérance Sportive de Tunis, la séquence récente – marquée par la défaite face au Stade Malien et une série de résultats en demi-teinte – a relancé ce réflexe bien connu.
Mais réduire la crise à une question de banc de touche serait une lecture incomplète. Car au sommet d’un club de cette dimension, les responsabilités ne s’arrêtent pas à la ligne technique. Elles remontent jusqu’aux étages décisionnels.
Le temps perdu pèse lourd
Dans le football moderne, la réactivité est une compétence stratégique.
Anticiper une baisse de régime.
Corriger un déséquilibre d’effectif.
Trancher rapidement lorsqu’une dynamique devient négative.
Or, ce qui frappe dans la séquence actuelle, ce n’est pas seulement la contre-performance sportive, mais l’impression d’un temps décisionnel trop long.
Quand les signaux d’alerte apparaissent — baisse d’intensité, fragilité défensive récurrente, inefficacité offensive persistante — la direction sportive doit agir avant que la situation ne s’enkyste. Le management d’un grand club n’est pas un exercice d’observation, c’est un exercice d’anticipation.
La responsabilité du management sportif
Un entraîneur travaille avec l’effectif qu’on lui confie.
Qui valide les recrutements ?
Qui arbitre les départs ?
Qui décide des profils recherchés ?
Qui fixe les objectifs réalistes ?
Dans un club structuré, ces choix relèvent d’une stratégie collective pilotée par les managers.
Si certaines carences apparaissent – manque de profondeur à certains postes, déséquilibre entre expérience et jeunesse, déficit de leadership dans le vestiaire – ces lacunes ne naissent pas en cours de match. Elles sont le produit d’une planification.
Et lorsque les résultats commencent à se dégrader, le rôle des dirigeants est d’apporter des réponses rapides : renforcement ciblé, clarification des responsabilités, soutien affirmé ou changement assumé.
L’effet domino d’une hésitation
Dans un environnement à forte pression comme celui de l’Espérance, chaque semaine d’hésitation coûte cher.
Une série de résultats négatifs entraîne :
• une perte de confiance du groupe,
• une crispation du public,
• une exposition médiatique accrue,
• et parfois une rupture irréversible.
Quand la décision intervient tardivement, elle devient une réaction, non une stratégie.
Un club institution, pas un homme
L’Espérance est une institution. Elle ne se résume ni à un entraîneur, ni à un joueur, ni même à une génération.
C’est précisément pour cela que la responsabilité doit être collective.
Les managers ont pour mission de protéger l’équilibre du club. Cela suppose :
• une vision claire,
• une communication maîtrisée,
• et surtout une capacité à trancher au bon moment.
Laisser une situation s’installer par prudence excessive ou par calcul politique peut fragiliser l’ensemble de l’édifice.
Une remise en question globale
La défaite face au Stade Malien n’est peut-être qu’un symptôme.
La série d’échecs, nationale et continentale, révèle un malaise plus structurel.
Si l’entraîneur porte une part de responsabilité technique, les managers portent une responsabilité stratégique. Et dans un club de cette dimension, la stratégie pèse autant que la tactique.
Le débat ne doit donc pas se limiter à “qui entraînera demain”, mais s’élargir à une question plus fondamentale :
qui pilote réellement le projet sportif, et avec quelle capacité d’anticipation ?
Conclusion
Dans les grands clubs, les crises sont rarement le produit d’un seul homme. Elles sont souvent le résultat d’un enchaînement de décisions tardives, d’alertes sous-estimées et de corrections différées.
À l’Espérance, la reconstruction ne passera pas uniquement par un nouveau nom sur le banc.
Elle passera par une introspection lucide des managers eux-mêmes.
Car gouverner un club, c’est savoir décider.
Et décider, c’est parfois agir avant que la crise ne devienne publique.





















