Les tambours de la guerre sonnent fort au Moyen-Orient. La flottille américaine est stationnée aux alentours de l’Iran, et les bases américaines dans les pays du Golfe sont en alertes maximales. Le président américain menace chaque jour et depuis des semaines de frapper l’Iran. Cette tension géopolitique, qu’elle soit limitée ou s’inscrivant dans la durée, aura une onde de choc très importante sur toute la région et atteindra certainement notre pays. La Tunisie est très dépendante sur le plan énergétique, a des fragilités financières, et des vulnérabilités au niveau des approvisionnements en produits agricoles ; sera certainement impactée. Nous devons nous préparer, mais comment ?
Sur le plan diplomatique :
Les cadres du ministère des affaires étrangères doivent dés maintenant passer des heures de travail afin de choisir les termes adéquats du communiqué post-frappe américaine. La Tunisie entretient des relations diplomatiques fortes avec l’Iran, mais aussi des relations qui commencent à se normaliser avec les Etats Unis. Si la Tunisie condamne une éventuelle frappe américaine sur l’Iran, l’oncle Sam risque de nous classer dans « l’axe du mal » et nous couper toute aide ou subvention militaire comme il vient de la faire récemment. Les Etats Unis ne nous soutiendront plus auprès des instances internationales. Nous risquons même une hausse encore plus importante des droits de douane, l’arme préférée de Donald Trump.
La position de la Tunisie doit être modérée et prend en considération les intérêts du pays, quitte à rester neutre. La position tunisienne doit aussi prendre en considération la répression armée des récentes manifestations en Iran et qui a fait plusieurs morts, même si on est certain qu’il y a un financement extérieur pour les manifestants. Le président Donald Trump a avoué lors d’une déclaration de presse l’implication des Etats Unis dans le déclenchement des manifestations en Iran. N’empêche que les images et les vidéos qui circulent actuellement sur les morts en Iran sont très choquantes.
Dépendance énergétique et déficit :
L’impact immédiat d’une éventuelle frappe américaine sur l’Iran touchera le marché pétrolier. L’Iran n’est pas un grand producteur de pétrole mais demeure un membre des pays de l’Opep. Avec une production journalière de 3.6 millions de barils par jour ce qui représente plus de 5% de la production mondiale, des perturbations dans ce pays bouleverseront l’approvisionnement mondial.
Sur un autre plan, une éventuelle attaque menacerait le trafic via le canal d’Ormuz par lequel transite plus de 20% du pétrole mondial. Les scénarios modérés anticipent un baril entre 80 et 100 dollars dans le cas d’une frappe, les scénarios les plus pessimistes envisagent un baril à 130 dollars. La Tunisie a préparé sont budget sur la base d’un baril à 63.3 dollars. Selon certains experts chaque huasse de 1 dollar dans le cours du brut engendre des besoins de financement pour l’hydrocarbure, l’électricité et le gaz de140 millions de dinars par an. Le déficit énergétique de la Tunisie a atteint -11,1 milliards de dinars à la fin de l’année 2025, représentant 51,1 % du déficit commercial total du pays. La hausse des prix du brut auront un impact indirect sur la balance des paiements et les équilibres budgétaires du pays déjà fragiles.
Cette situation risque d’être encore plus grave dans un contexte de baisse continue de la production nationale de pétrole au niveau de 38.000 barils/jours ce qui rend le pays encore plus vulnérable aux fluctuations externes.
Si l’Iran est attaquée les relations commerciales entre la Tunisie et l’Iran ne seront pas très impactées car elles sont très faibles. En effet, la Tunisie n’a rien exporté pour l’Iran en 2025 et a importé pour 2.5 millions de dinars.
Perte de compétitivité des exportations tunisiennes :
Les guerres ont un impact direct sur le commerce mondial car ils augmentent les doutes, perturbent des chaines d’approvisionnement et augmentent les coûts du transport maritime et de l’assurance. Une guerre dans le golfe, qui est une région centrale dans le commerce mondial, génèrera une hausse considérable dans les prix des marchandises. La Tunisie qui compte beaucoup sur les exportations, risque de perdre en compétitivité à cause de la hausse des coûts d’approvisionnent en matières premières et semi-finis et les coûts du fret international.
L’effet combiné de la hausse des prix des biens importés surtout agricoles et de la pression sur le transport international peut alimenter une inflation importée alors que la Tunisie est déjà sensible à l’augmentation des prix des denrées alimentaires et des services.
Le tourisme tunisien risque aussi d’être touché, car la réalité économique nous enseigne qu’en période de perturbations et d’incertitudes le rythme des voyages baisse considérablement.
L’ampleur globale de l’impact d’une éventuelle frappe américaine sur l’Iran dépendra de sa durée. Une frappe éclaire aura des impacts limités, mais dans le scénario d’un conflit prolongé les risques seront encore plus importants.
Les précautions à prendre :
Notre pays n’est pas directement impliqué dans le conflit potentiel entre les États-Unis et l’Iran, mais loin d’être immunisée contre un choc géopolitique majeur en raison de sa dépendance aux importations énergétiques, de ses contraintes budgétaires et de sa vulnérabilité aux fluctuations externes. Les canaux de transmission passent principalement par les prix de l’énergie, le commerce mondial et l’incertitude au niveau du secteur touristique. C’est ainsi que la Tunisie est appelée plus que à accélérer sa transition énergétique. L’objectif d’atteindre 30% de notre production en énergies renouvelables d’ici 2030 doit être notre cap. Les projets de la production de l’électricité via l’énergie solaire se multiplient en Tunisie malgré les critiques.
La Tunisie doit aussi sécuriser ses approvisionnements en produits alimentaires et varier les fournisseurs afin d’éviter les ruptures et les hausses des prix.
Il est important de mentionner que la Tunisie ne peut pas éviter un impact indirect sur son économie d’une éventuelle frappe américaine sur l’Iran, mais peut adopter les politiques nécessaires pour atténuer cet impact.





















