La crise de l’eau ne constitue plus uniquement un défi environnemental pour la Tunisie : elle représente désormais un enjeu économique majeur. Selon le dernier Bulletin de Conjoncture Économique pour la Tunisie publié mardi par la Banque mondiale, la pénurie d’eau pourrait entraîner une réduction du PIB tunisien de 6,4 % à l’horizon 2050.
Intitulé « Le défi de l’eau en Tunisie : de la pénurie à la résilience », le rapport met en garde contre les conséquences économiques et sociales du stress hydrique et climatique si des mesures adaptées ne sont pas mises en œuvre.
L’eau, un facteur déterminant pour l’économie tunisienne
Pour la Banque mondiale, l’une des principales variables qui pèseront sur les perspectives économiques de la Tunisie sera sa capacité à gérer une pénurie d’eau devenue aiguë.
Le secteur agricole apparaît particulièrement exposé. Il emploie environ 14 % de la population active et jusqu’à la moitié des travailleurs ruraux, ce qui rend les conséquences d’une aggravation du stress hydrique particulièrement importantes pour l’emploi et les revenus dans les régions rurales.
Jusqu’à 30 % des emplois agricoles menacés
La Banque mondiale avertit qu’en l’absence de mesures, le stress hydrique et climatique pourrait entraîner la disparition d’au moins 30 % des emplois agricoles d’ici le milieu du siècle, parallèlement à une baisse significative de la production agricole.
Mais les conséquences ne s’arrêteraient pas aux exploitations agricoles.
La pénurie d’eau pourrait également affecter des secteurs fortement dépendants de cette ressource, notamment le tourisme, l’agro-industrie et l’industrie, avec des répercussions plus larges sur l’activité économique.
Une crise qui dépasse largement l’agriculture
L’alerte de la Banque mondiale souligne ainsi le caractère transversal de la question hydrique.
Moins d’eau disponible signifie potentiellement davantage de contraintes pour la production agricole, mais aussi pour les activités industrielles, les chaînes agroalimentaires et les territoires touristiques.
La question de l’eau devient donc progressivement une question de croissance, d’emploi, d’investissement et de résilience économique.
Le « Plan Eau 2050 » face à un défi majeur
La Banque mondiale souligne que les investissements prévus par le gouvernement dans le cadre du « Plan Eau 2050 » devront aller au-delà de la construction et de la modernisation des infrastructures.
Ils devront également être accompagnés d’un renforcement de la gouvernance de l’eau, d’une amélioration de la viabilité financière du secteur et d’une hausse de la performance des opérateurs de services.
L’objectif est de faire en sorte que les investissements produisent des résultats durables et permettent une gestion plus efficace de la ressource.
Moderniser le système et réduire les pertes
Pour sécuriser l’avenir hydrique du pays, la Banque mondiale identifie plusieurs leviers.
Parmi les principales pistes figurent notamment :
- la modernisation du Code des Eaux ;
- la mise en place d’un cadre permettant la réutilisation des eaux usées traitées ;
- l’amélioration du recouvrement des coûts ;
- la protection des ménages vulnérables ;
- la réduction des pertes dans les réseaux ;
- le développement de la digitalisation ;
- le renforcement de la gestion de l’irrigation.
De la pénurie à la résilience
La Banque mondiale insiste également sur un autre aspect : la sécurité hydrique ne doit pas être considérée uniquement comme un moyen de limiter les risques.
Selon l’institution, elle peut également constituer une opportunité de création d’emplois et de renforcement de la résilience économique, à condition de mettre en place des politiques publiques, des institutions et des investissements adaptés.
Le message du rapport est donc particulièrement clair : la question de l’eau pourrait devenir l’un des grands déterminants de la trajectoire économique tunisienne au cours des prochaines décennies.
Avec un risque de 6,4 % de réduction du PIB d’ici 2050 en raison de la pénurie d’eau, la gestion de cette ressource dépasse désormais largement le cadre environnemental pour devenir un enjeu central de l’économie tunisienne.




















