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L’ « Industrial Accelerator Act » : quels enjeux pour l’industrie mécanique et électrique tunisienne ?

Lexpert Editeur Lexpert
2 août 2026
in Actualités
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L’Europe œuvre depuis des années à être de plus en plus verte et respectueuse de l’environnement, afin de réduire son impact et sa contribution dans le réchauffement climatique. Plusieurs initiatives et plusieurs lois ont été mises en œuvre afin d’accélérer la décarbonation de l’industrie européenne.

Outre l’aspect environnemental, l’Union Européenne, utilise cet argument pour combattre l’hégémonie asiatique et principalement chinoise sur le marché européen. L’ « Industrial Accelerator Act » est l’un de ses outils qui viennent d’être adoptés au niveau de la commission européenne et qui visent à encourager le « Made In Europe » et bloquer l’accès au marché pour les industriels chinois surtout au niveau de l’industrie automobile. Mais ce nouveau règlement représente une nouvelle menace pour l’Industrie Mécanique et Electrique tunisienne, comme il peut être considéré comme une véritable opportunité ; selon le niveau d’implication du gouvernement tunisien dans les débats qui se tiennent à Bruxelles.

 

Un enjeu majeur pour la Tunisie :

Avec plus de 70% des exportations qui sont destinés vers l’Europe, la Tunisie ne peut qu’être impactée par de telles décisions surtout si elle se rapporte aux règles d’origine et qu’elles encouragent les produits fabriqués en Europe. Jusqu’à présent rien n’a été décidé, ce qui impose au gouvernement tunisien d’user de la diplomatie économique et du lobbying afin de reconnaitre la Tunisie comme partenaire stratégique intégré dans les chaines de valeur de l’industrie automobile européenne et orienter ainsi les débats vers la reconnaissance de l’origine Europe pour les composants fabriqués en Tunisie.  L’enjeu pour la Tunisie est très important et dépasse la notion de coût de la main d’œuvre et concerne la capacité de maintenir sa place dans les chaines de valeur européennes et répondre aux exigences d’origine et de souveraineté industrielle européenne.

Le secteur de l’Industrie Mécanique et Electrique tunisien compte plus de 914 entreprises dont plus de 400 qui sont totalement exportatrices et employant 160.000 personnes. C’est le premier secteur exportateur en Tunisie avec plus de 40% des exportations qui ont atteint en 2025, 25 milliards de dinars. Il représente 51% des exportations industrielles tunisiennes. 76% des exportations des IME sont destinés vers l’Europe et principalement la France et l’Allemagne.

Notre pays est intégré dans les chaines de valeurs et de production européennes surtout dans les composants automobiles, les faisceaux électriques, les pièces aéronautiques et les équipements électriques.

La sous-traitance est la méthode la plus utilisée dans le secteur des IME en Tunisie et plusieurs équipementiers ont ouvert des filiales chez nous depuis des années pour des raisons de proximité, de coût bas de la main d’œuvre et aussi de la qualité des ressources humaines tunisiennes.

 

Les débats autour du Made in Europe :

L’objectif de l’ «Industrial Accelerator Act » est d’atteindre l’objectif de 20% du PIB européen venant de l’industrie d’ici 2035, réduire la dépendance vis à vis des pays asiatiques et principalement la Chine, renforcer la résilience des chaines d’approvisionnement et développer les capacités industrielles européennes. Les causes de cette nouvelle orientation de l’UE reposent sur 3 évènements majeurs :

  • Le Covid-19 qui a démontré la nécessité de préserver sa souveraineté à tous les niveaux,
  • La guerre en Ukraine qui a fragilisé les industries européennes,
  • La concurrence de l’industrie chinoise qui est en train d’envahir le marché européen.

L’enjeu stratégique soulevé par la nouvelle règlementation européenne est celui de la définition de l’origine Europe. Les constructeurs automobiles poussent vers une notion plus large intégrant les pays qui ont un accord de partenariat avec l’Union Européenne et qui respectent les exigences environnementales. Ils cherchent à maintenir les coûts de production à des niveaux acceptables pour pouvoir concurrencer l’industrie asiatique. De l’autre côté les équipementiers qui poussent en faveur d’une définition plus stricte de l’origine Europe afin de la limiter aux produits fabriqués sur le sol européen. Ces industriels cherchent la relocalisation de plusieurs unités de production installés en Tunisie ou au Maroc. Si cette logique est adoptée, les donneurs d’ordre européens vont privilégier les fournisseurs européens afin de bénéficier des incitations européennes et l’accès aux marchés publics.

L’enjeu pour la Tunisie est stratégique. Une application stricte des règles d’origine pourrait pousser certains industriels à relocaliser leurs productions dans des pays  comme la Pologne, la Hongrie ou la Slovaquie. La compétitivité de la Tunisie au niveau du coût de la main d’œuvre sera décalée en faveur des aides et subventions européennes, de l’accès aux marchés publics européens, et de l’empreinte carbone de la production industrielle.

Face à cette situation la Tunisie doit travailler sur deux fronts :

Premièrement, engager un processus actif pour la décarbonation de l’industrie tunisienne. Généraliser l’usage du photovoltaïque, améliorer l’efficacité énergétique et la certification environnementale ; sont autant d’axes sur lesquels les industriels tunisiens doivent travailler. L’objectif étant de répondre aux critères d’une industrie verte.

Deuxièmement, le gouvernement tunisien doit user de sa diplomatie économique afin d’orienter les débats au sein de l’union européenne vers une adoption de règles d’origines plus larges, des aides et une assistance technique plus renforcée, et un moratoire pour l’application des règlements européens.

Pour la Tunisie le défi est considérable : garder sa position comme un simple sous-traitant en comptant sur des coûts de main d’œuvre faible revient à sacrifier des milliers d’emplois et tuer toute une industrie et un savoir faire dont la Tunisie a pu développer depuis plus de 30 ans. Pour cela, il est important de chercher à monter en gamme et avoir le statut de partenaire stratégique pour pouvoir retourner l’ « Industrial Accelerator Act » en véritable opportunité et non une menace.

 
 
 
 
 
 
 
 
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