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Dollar-dinar : les soubresauts du billet vert et leurs répercussions sur les finances publiques tunisiennes

Lexpert Editeur Lexpert
27 juillet 2026
in Actualités, Economie
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Après une phase de tensions au premier semestre, le billet vert s’est stabilisé début juillet autour de 2,95 à 2,96 dinars, avant d’inscrire un nouveau plus-haut annuel à 2,9605 TND le 25 juillet 2026. Un mouvement en apparence modeste, mais dont la mécanique budgétaire tunisienne — fortement indexée sur les devises étrangères — amplifie chaque variation en centaines de millions de dinars de dette et de charges supplémentaires.

Un dollar qui reprend de la vigueur face au dinar

Les cotations officielles de la Banque centrale de Tunisie (BCT) dessinent une tendance haussière contenue mais réelle du dollar américain sur le mois de juillet. Le billet vert est passé de 2,9603 TND le 1er juillet à 2,9497 TND le 3 juillet, avant de remonter progressivement pour atteindre 2,9554 TND le 23 juillet, puis 2,9605 TND le 25 juillet — son niveau le plus élevé de l’année selon les données consolidées par les plateformes de suivi des changes. Sur la même période, l’euro est resté quasiment stable, entre 3,37 et 3,38 dinars, ce qui traduit une appréciation relative du dollar davantage liée à la dynamique propre de la devise américaine sur les marchés internationaux qu’à un choc spécifiquement tunisien.

Les autorités monétaires qualifient elles-mêmes la situation de « calme relatif », en l’absence de choc majeur sur le marché des changes. Mais ce calme reste précaire : la parité dollar-dinar demeure sensible aux annonces de la Réserve fédérale américaine, à l’évolution du compte courant tunisien et au rythme des tirages sur la dette extérieure.

Une dette d’État mécaniquement sensible au cours du dollar

C’est sur le terrain des finances publiques que la fluctuation du dollar produit ses effets les plus directs. Selon le rapport du ministère des Finances relatif au budget de l’État pour 2026, une hausse de 1 % des taux de change du dollar, de l’euro ou du yen japonais par rapport au dinar se traduit mécaniquement par une augmentation du volume de la dette de l’État d’environ 593 millions de dinars, soit 0,32 % du PIB. Plus précisément, chaque appréciation de 0,01 dinar du cours du dollar (ou de l’euro) a une incidence directe et chiffrée sur l’encours de la dette libellée en devises.

Indicateur 2025 2026 (prévision LFI)
Dette extérieure de l’État (MDT) 56 971 56 486
Dette totale de l’État (MDT) 145 032 156 704
Dette publique / PIB 84,02 % 83,41 %
Service de la dette (Md DT) ≈ 24,5 ≈ 23,05
Effet change sur la dette (hausse de 1 %) — +593 MDT (0,32 % du PIB)

La dette extérieure de l’État poursuit, en volume, une trajectoire baissière : de 66 874 MDT en 2023 à 62 539 MDT en 2024, puis 56 971 MDT attendus en 2025 et 56 486 MDT en 2026. Mais la dette totale de l’État, elle, continue de progresser, pour atteindre 156 704 MDT fin 2026 contre 145 032 MDT en 2025 — une hausse de 11 672 MDT, dont 11 015 MDT imputables au financement du déficit budgétaire et 650 MDT à l’effet des taux de change. Le ratio dette publique/PIB reculerait légèrement, de 84,02 % en 2025 à 83,41 % en 2026, un répit statistique que la plupart des économistes jugent fragile tant il dépend de la stabilité du dinar.

Juillet, mois clé du désendettement extérieur

Le mois de juillet a concentré plusieurs échéances lourdes pour le Trésor tunisien. La ministre des Finances, Mishkat Salama Khaldi, a confirmé devant la commission des finances de l’Assemblée des représentants du peuple le remboursement à mi-juillet d’une tranche de 740 millions d’euros au titre de la plus importante dette souveraine extérieure du pays. Une autre source évoque, pour la même période, le règlement d’un eurobond de 700 millions d’euros émis au taux de 6,375 %, équivalant à plus de 2 340 MDT — soit plus de dix jours d’importations rapportés aux réserves de change de fin juin 2026.

Pour amortir l’impact de ces décaissements sur les avoirs en devises, l’État a sécurisé une enveloppe d’ajustement de 500 millions de dollars auprès de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), validée par un projet de loi examiné en urgence au Parlement. S’y ajoutent les tranches du mécanisme élargi de crédit du FMI — 234 millions de dollars répartis sur neuf versements — même si les négociations avec l’institution de Washington demeurent, selon plusieurs sources parlementaires, dans l’impasse sur le volet des réformes structurelles.

Le récent prêt de 500 millions [de dollars] obtenu auprès de l’Afreximbank, officiellement destiné à couvrir les besoins de financement de 2026, aurait été contracté à un taux proche de 10 %, sans que cette information n’ait été communiquée publiquement.

— Un ancien parlementaire, cité par Le Courrier de l’Atlas

Le vrai poids : le service de la dette et l’effet d’éviction

Au-delà du seul effet de change sur le stock de dette, c’est le service de la dette qui pèse le plus lourdement sur le budget de l’État. Il devrait mobiliser près de 23,05 milliards de dinars en 2026, en repli de 5,8 % par rapport à l’année précédente — une détente portée par le recul des taux mondiaux, la relative stabilité du dinar et une éventuelle révision du taux directeur de la BCT. Mais cette accalmie masque une pression croissante sur le marché intérieur : les seuls intérêts de la dette domestique atteignent 5,61 milliards de dinars, en hausse d’environ 21 % sur un an, sous l’effet de la hausse des taux et du recours accru à l’emprunt local — un « effet d’éviction » qui réduit d’autant les ressources disponibles pour le financement de l’économie réelle.

Dans ce contexte, chaque dixième de dinar gagné ou perdu par le billet vert face au dinar n’est plus une simple donnée de marché : c’est un paramètre budgétaire à part entière, qui conditionne le coût du service de la dette, la trajectoire du déficit et, en creux, la marge de manœuvre de l’État pour financer les subventions, les salaires de la fonction publique et l’investissement public.

Ce qu’il faut retenir

▪ Le dollar a inscrit un nouveau plus-haut annuel à 2,9605 TND le 25 juillet 2026, après une phase de repli début juillet.

▪ Une hausse de 1 % du dollar, de l’euro ou du yen face au dinar alourdit mécaniquement la dette de l’État d’environ 593 MDT (0,32 % du PIB).

▪ La dette totale de l’État atteindra 156 704 MDT fin 2026, dont 650 MDT imputables au seul effet de change.

▪ Le service de la dette (23,05 Md DT en 2026) recule en apparence, mais les intérêts de la dette intérieure bondissent de 21 %, signe d’un report de la pression vers le marché local.

▪ Tunis a honoré en juillet le remboursement d’échéances en euros dépassant 700 millions d’euros, tout en sécurisant 500 millions de dollars auprès de l’Afreximbank pour préserver ses réserves de change.

Sources : Banque Centrale de Tunisie, ministère des Finances (projet de budget de l’État 2026), Assemblée des représentants du peuple, La Presse de Tunisie, African Manager, Le Courrier de l’Atlas, Managers.tn, Tunisie Numérique, WebManagerCenter.

 
 
 
 
 
 
 
 
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