Il y a trois ans, le 21 juillet 2023, s’éteignait Mohamed Driss, fondateur du Groupe Driss et l’un des enfants de Sfax les plus emblématiques de sa génération. Trois ans après sa disparition, sa ville et son groupe continuent de porter l’empreinte d’un homme qui a bâti, en l’espace d’une vie, l’un des ensembles économiques les plus diversifiés du pays. Retour sur le parcours et la personnalité d’un homme dont le nom reste indissociable de l’essor entrepreneurial de sa région natale.
Des débuts au service de l’État
Avocat de formation, Mohamed Driss ne s’éloignera pourtant jamais longtemps des réalités économiques et administratives de son pays. Dès les années 1960, alors que la jeune Tunisie indépendante cherche à former ses cadres, il est repéré parmi une génération de jeunes fonctionnaires appelés à porter l’expérience collectiviste sur le terrain. Il est ainsi nommé délégué à Kébili, avant d’être promu premier délégué à Gabès, deux postes qui l’exposent tôt aux enjeux du développement régional.
Ce parcours dans l’administration le ramène ensuite à Sfax, où il prend la direction de l’Union régionale des coopératives. Cette expérience du service public, loin d’être une parenthèse, façonnera durablement sa vision : une conviction que le développement économique d’une région se construit autant par l’initiative privée que par l’action collective. C’est fort de cette double lecture qu’il choisira, par la suite, de quitter la fonction publique pour se consacrer à l’entreprise familiale.
La construction d’un groupe diversifié
Reprenant l’héritage paternel, Mohamed Driss va, au fil des décennies, transformer une affaire familiale en un groupe économique tentaculaire, aujourd’hui connu sous le nom de Groupe Driss. Son champ d’action se distingue par une diversification peu commune pour l’époque : l’hôtellerie, avec l’Hôtel Diplomat à Tunis et l’Hôtel El Fell à Hammamet ; la finance, à travers des participations significatives au capital de plusieurs établissements bancaires ; l’immobilier, avec la construction et la gestion d’immeubles et de villas, dont l’ancien siège de la Ligue arabe et de la Banque africaine de développement ; mais aussi le commerce, la distribution, l’électroménager et l’agriculture.
Cette capacité à investir des secteurs aussi variés, sans jamais perdre de vue la cohérence d’ensemble de son groupe, a valu à Mohamed Driss une réputation de bâtisseur visionnaire dans les cercles économiques tunisiens. Sa réussite, construite loin des projecteurs, s’est appuyée sur une méthode constante : le travail, la rigueur et une présence de tous les instants sur ses différents chantiers, jusqu’à un âge avancé.
Un homme fidèle à Sfax
Au-delà de ses réussites entrepreneuriales, Mohamed Driss est resté, tout au long de sa vie, profondément attaché à sa ville natale. Cet attachement s’est notamment incarné dans sa présidence du Club Sportif Sfaxien (CSS), l’un des clubs de football les plus populaires du pays. Dirigeant engagé, il y a incarné une forme de fidélité régionale qui a marqué durablement la mémoire collective sfaxienne.
À l’annonce de son décès, le CSS a tenu à saluer la mémoire de son ancien président, rappelant l’homme de valeurs et le dirigeant altruiste qu’il fut pour l’institution. Cette reconnaissance, venue du monde du sport autant que de celui des affaires, témoigne de la place singulière qu’occupait Mohamed Driss dans le paysage sfaxien, à la croisée de l’économie, du sport et de la vie sociale régionale.
Le goût du défi
Ceux qui l’ont côtoyé de près gardent de lui le portrait d’un homme épris de défis. Mohamed Driss ne se satisfaisait jamais des solutions de facilité : il fallait que chaque projet représente un obstacle à franchir, une difficulté à surmonter, faute de quoi il s’en désintéressait rapidement. Cette exigence, qui a pu par moments confiner à un certain orgueil, était indissociable d’un courage peu commun : Mohamed Driss n’hésitait jamais à s’engager sur des terrains incertains, là où d’autres auraient reculé.
Mais derrière cette fermeté de caractère et cette réputation d’homme dur en affaires se cachait, selon ceux qui l’ont bien connu, un cœur généreux. Fier de ses réussites, exigeant avec lui-même comme avec les autres, il savait aussi se montrer bienveillant envers ses proches et son entourage, dans un mélange rare de force de caractère et de bonté véritable.
Un héritage qui perdure
Trois ans après sa disparition, le 21 juillet 2023, l’empreinte de Mohamed Driss reste vivace à Sfax comme dans les milieux économiques tunisiens. Le Groupe Driss qu’il a bâti continue de porter les secteurs qu’il a développés, tandis que le Club Sportif Sfaxien conserve le souvenir d’un président engagé et fidèle à ses couleurs.
Son parcours, celui d’un homme parti du service public pour ériger l’un des groupes économiques les plus diversifiés du pays, reste une référence pour les générations d’entrepreneurs sfaxiens et tunisiens à venir — et un rappel que l’audace, même teintée d’orgueil, peut aussi se conjuguer avec la générosité.
Par la Rédaction — Tunis




















