La Tunisie affiche de grandes ambitions pour les cinq prochaines années. Le projet de plan de développement 2026-2030 mise sur un nouveau modèle économique fondé sur la justice sociale, le renforcement de la souveraineté nationale et la quête d’autosuffisance, avec un objectif clair : accélérer fortement la croissance et repositionner le pays sur une trajectoire de développement durable.
Selon le cadre économique du plan, le taux de croissance annuel moyen du PIB devrait atteindre 4,2 % à prix constants sur la période 2026-2030, contre seulement 2,4 % durant le quinquennat précédent (2021-2025). La progression serait graduelle mais soutenue, passant de 2,6 % en 2025 à 5,1 % en 2030, grâce à une relance de l’investissement, un rôle renforcé du secteur privé et une montée en puissance des activités à forte valeur ajoutée.
L’un des objectifs majeurs de cette stratégie est l’amélioration du niveau de vie des Tunisiens. Le revenu par habitant devrait enregistrer une hausse annuelle moyenne de 6,5 %, atteignant 7 424,3 dollars — soit 21 530,5 dinars — d’ici 2030, contre 4 496 dollars en 2025. Cette progression permettrait à la Tunisie de se hisser dans le premier tiers de la tranche supérieure des pays à revenu intermédiaire.
Sur le plan sectoriel, l’industrie s’impose comme le principal moteur de croissance avec une progression annuelle moyenne estimée à 5,1 %, suivie des services à 4,2 % et de l’agriculture à 3,1 %.
Malgré les défis climatiques et hydriques, la sécurité alimentaire demeure une priorité nationale. Le plan prévoit de porter la production céréalière à 20,42 millions de quintaux à l’horizon 2030, contre 17,91 millions en 2026, avec une moyenne annuelle proche de 19 millions de quintaux. Le secteur oléicole conserve également une place stratégique, avec une production moyenne projetée de 2 millions de tonnes d’huile d’olive sur le quinquennat.
Les autorités misent également sur une modernisation agricole accrue à travers l’utilisation renforcée de semences sélectionnées, dont le taux passerait de 20 % à 30 %, ainsi qu’une couverture de 50 % des besoins nationaux en blé dur. L’exploitation des ressources hydriques non conventionnelles, notamment le dessalement et la réutilisation des eaux usées, constituera aussi un levier central.
Dans le secteur industriel, la croissance attendue sera portée par les industries non manufacturières (+6,7 %) et manufacturières (+4,2 %). Les matériaux de construction, le verre, ainsi que les industries mécaniques et électriques figurent parmi les filières les plus prometteuses. La transformation numérique, l’industrie intelligente, l’économie circulaire et l’expansion des exportations seront au cœur de cette dynamique.
Le secteur des phosphates, pilier stratégique de l’économie tunisienne, ambitionne de dépasser les 11 millions de tonnes par an d’ici 2030. Cet objectif sera soutenu par plusieurs projets structurants, notamment les laveries d’Oum Lakhcheb, l’unité de flottation de Slissi et le projet Tozeur-Nefta.
Sur le front énergétique, la Tunisie prévoit également une montée en puissance de sa production nationale afin de réduire le déficit énergétique. Dès 2026, la production pétrolière devrait augmenter d’environ 800 000 tonnes équivalent pétrole. Cette progression sera consolidée par l’entrée en exploitation de nouveaux gisements stratégiques, dont Cosmos et Zarat Nord. Le gaz naturel suivra la même trajectoire avec le démarrage de plusieurs champs majeurs entre 2027 et 2030.
À travers ce plan ambitieux, la Tunisie affiche sa volonté de bâtir une économie plus résiliente, plus souveraine et plus compétitive, capable de répondre aux défis du futur tout en créant davantage de richesse et d’emplois.





















