La guerre des prix est loin d’être gagnée par le gouvernement. Les prix augmentent et la colère des consommateurs monte. Un constat de détérioration continue du pouvoir d’achat se confirme chaque jour. La hausse récente des salaires dans la fonction publique et au secteur privé n’a pas réussi à clamer les esprits et à apaiser les tensions. Pourtant, sur le plan des chiffres l’inflation n’est pas aussi importante que l’on croit. Selon les chiffres de l’INS l’inflation au cours des 5 premiers mois de l’année a atteint 5.2%. Loin de douter des chiffres d’une institution respectée comme l’INS, il est important d’apporter quelques éclaircissements afin que les chiffres publiés soient assimilés à leur juste valeur. Plusieurs éléments doivent être analysés tel que la hausse des prix des produits libres, ou la hausse par rapport à l’année de base de l’indice.
La variation mensuelle ralentit :
Selon l’INS le taux d’inflation a atteint 5,5% au mois de mai 2026. Ce taux s’explique principalement, d’une part, par le ralentissement du rythme d’augmentation des prix du groupe habillement et chaussures (9,1% en mai 2026 contre 9,3% en avril 2026) et d’autre part, par l’accélération du rythme de hausse des prix du groupe tabac (0,8% en mai 2026 contre 0,4% en avril 2026) ainsi que des services des hôtels et restaurants (6,3% en mai 2026 contre 6,2% en avril 2026). Par ailleurs, les prix du groupe alimentation et boissons ont maintenu un rythme de progression stable à 8,2%. Entre le mois d’Avril et Mai 2026, les prix ont augmenté de 0.3%.
Ces chiffres confirment que les prix ont continué à augmenter, mais à un rythme moins soutenu qu’auparavant.
La lecture des chiffres de l’INS doit être ainsi relativisée pour être mieux acceptée par les citoyens. En effet, dire que les prix n’ont pas augmenté ou sont stables fausse la lecture.
Dans ce cadre il est important de signaler que les prix en général ont augmenté de 0.3% entre le mois de Décembre 2025 et janvier 2026, de 0.1% au mois de Février, de 1% au mois de Mars, de 1.1% au mois d’Avril et de 0.3% au mois de Mai. C’est la variation mensuelle qui permet d’avoir une idée sur le rythme auquel les prix augmentent en Tunisie.
Les produits libres dépassent l’inflation :
Un autre élément très important est à prendre en considération dans la lecture des chiffres de l’Indice des Prix à la Consommation est celui des prix des produits libres qui représentent 73.5% du panier composant l’indice. En effet, l’Indice des prix tel qu’il est publié actuellement intègre les prix des produits encadrés c’est-à-dire « non libres ». Ce calcul atténue l’ampleur de la hausse des prix vu qu’il n’y a pas pratiquement de hausse de prix des produits subventionnés ou encadrés au niveau de la production. Au mois de Mai 2026 les prix libres, ont augmenté de 6.7% par rapport au mois de Mai 2025. Sur les 5 mois de l’année la hausse des prix des produits libres est de 6.4%. L’ampleur est encore plus importante au niveau des produits libres alimentaires dont la hausse est de 8.1% durant les 5 premiers mois de l’année. La pondération de ces produits dans l’indice est de 21%.
Les prix ont plus que doublé en 10 ans :
L’inflation en Tunisie prend encore plus de l’ampleur si on intègre la lecture des chiffres selon l’année de base. En effet, l’INS adopte jusqu’à aujourd’hui l’année 2015 comme année de base de l’indice. C’est ainsi que les prix relevés au mois de Mai 2026 ont augmenté de 95.5% par rapport à ceux enregistrés au mois de Mai 2015. L’ampleur est encore plus importante au niveau des produits alimentaires qui ont augmenté de 120%, des articles d’habillement et chaussures qui ont augmenté de 144%, des prix des restaurants et hôtels qui ont augmenté de 141%, de l’enseignement de 109% et des meubles et articles de ménages qui ont augmenté de 100%.
Cette hausse importante qui couvre tous les secteurs se traduit automatiquement par une baisse du pouvoir d’achat des tunisiens, si elle n’est pas couverte par une hausse équivalente au niveau des revenus.
L’Indice des Prix à la Consommation ne doit pas être pris en valeur absolu. Une lecture plus détaillée des chiffres enrichit l’analyse et permet de juger de l’ampleur de la hausse tel qu’elle est sentie par les consommateurs.




















