Depuis quelques jours, le nom de Kamel Gribi revient avec insistance dans certains médias italiens qui le présentent comme un éventuel futur président de la Tunisie.
Une hypothèse qui provoque déjà interrogations, débats et parfois même irritation dans plusieurs cercles intellectuels et politiques tunisiens. Il faut reconnaître que depuis les événements du 14 janvier 2011, la Tunisie a vu apparaître plusieurs personnalités cherchant à occuper rapidement l’espace politique et médiatique en se présentant comme des recours providentiels capables de sauver le pays. Beaucoup ont tenté d’imposer l’image d’hommes disposant de réseaux internationaux, de compétences exceptionnelles et de solutions miracles pour sortir la Tunisie de ses crises successives. Le cas le plus frappant reste celui de Hichem Rachdi, ancien soutien du régime de Zine el-Abidine Ben Ali, qui nourrissait ouvertement des ambitions politiques nationales.
Pourtant, son parcours professionnel a été marqué par plusieurs expériences controversées et des échecs répétés, de la régionale de transport de Gabès à l’ONAT International, entre autres. Malgré cela, il s’était présenté à une certaine époque comme une alternative crédible pour diriger le pays. Mais le précédent qui rappelle le plus la situation actuelle reste probablement celui de Ayachi Ajroudi. Homme d’affaires tunisien installé à l’étranger, il avait bénéficié d’une forte exposition médiatique, notamment lors de l’épisode du projet de rachat de l’Olympique de Marseille. Présenté comme un investisseur puissant disposant d’un vaste réseau international, il avait suscité fascination et curiosité avant que son image ne s’essouffle progressivement sur la scène tunisienne. Aujourd’hui, plusieurs observateurs établissent naturellement un parallèle avec Kamel Gribi. Peu connu du grand public tunisien, sauf à travers certains événements prestigieux organisés à l’étranger où sont conviés journalistes, hommes d’affaires et personnalités influentes, il cherche visiblement à projeter l’image d’un grand investisseur international. Communication maîtrisée, apparitions élégantes, mise en avant des relations internationales : tous les ingrédients semblent réunis pour construire une stature d’homme influent évoluant dans les grands cercles du pouvoir économique mondial. L’article récemment publié dans la presse italienne relance ainsi les spéculations autour d’une éventuelle ambition politique tunisienne. Mais cette perspective ne fait pas l’unanimité. Plusieurs intellectuels et leaders d’opinion tunisiens voient dans ce type de scénario une répétition d’expériences déjà vécues après 2011, où certaines figures surgissaient soudainement comme des hommes providentiels sans réel enracinement populaire ni véritable présence dans la vie quotidienne des Tunisiens. Pour ces observateurs, la Tunisie doit retenir les leçons du passé, notamment celles des dirigeants et des figures politiques apparus dans la région à la faveur de contextes internationaux particuliers ou avec des soutiens extérieurs. Ils considèrent que la légitimité politique ne peut être fabriquée uniquement à travers des campagnes médiatiques, des réseaux d’influence ou des images soigneusement travaillées dans les capitales étrangères. Au-delà du cas personnel de Kamel Gribi, ce débat révèle surtout une profonde méfiance d’une partie de l’opinion tunisienne face au retour périodique de profils présentés comme des sauveurs capables, à eux seuls, de résoudre les difficultés économiques, politiques et sociales du pays. La question demeure donc entière : s’agit-il simplement d’une opération de communication internationale ou du début d’une véritable ambition politique ? Dans tous les cas, beaucoup de Tunisiens semblent aujourd’hui plus prudents face aux mirages du pouvoir et aux constructions médiatiques venues de l’étranger.
Abdellatif ben heddia




















