Ils viennent, ils crient, ils perturbent. Loin d’être des actionnaires soucieux de la bonne gouvernance, certains petits porteurs transforment désormais les assemblées générales des banques en véritables cirques financiers. Ce qui devrait être un espace de dialogue respectueux entre dirigeants et investisseurs devient une scène de désordre où l’amateurisme et la provocation remplacent la réflexion.
La cacophonie règne dès les premières minutes. On s’interpelle sans attendre son tour, on interrompt le président, on défie le règlement intérieur. Pire, certains confondent banque et bureau de bienfaisance. Un petit porteur a ainsi exigé du commissaire aux comptes qu’il se mêle de la gestion fiscale de l’établissement… et qu’il joue au conseiller fiscal ! Un autre a réclamé que l’auditeur légal « donne des conseils » sur la stratégie de l’entreprise. Autant dire demander au gardien du stade d’arbitrer un match de Coupe d’Europe. Une ignorance crasse des textes qui régissent les missions du commissaire aux comptes, dont le rôle est strictement limité à la certification des comptes, et certainement pas à l’administration fiscale ou au conseil de gestion.
La provocation est délibérée. Des interventions au micro sont calculées pour jeter le trouble, des questions sont posées non pour éclairer, mais pour nuire. Le but ? Faire réagir, enflammer la salle, obtenir des vidéos chocs pour les réseaux sociaux. La finance, pourtant austère, devient un terrain de jeu pour apprentis agitateurs.
Et que dire des manœuvres incessantes pour siéger au conseil au nom des « petits » ? Ces manœuvres d’approche répétées, ces provocations en règle contre le bureau de l’assemblée, ces accusations de mauvaise foi lancées à la cantonade… tout cela trahit une profonde méconnaissance des mécanismes de gouvernance. Représenter les minoritaires ne se décrète pas en hurlant plus fort que les autres.
Oui, les petits porteurs ont des droits. Mais les abus nuisent à leur propre cause. Quand le cirque remplace le débat d’actionnaires, quand la cacophonie étouffe la raison, quand la provocation se fait stratégie, les banques finiront par verrouiller leurs portes. Et les vrais actionnaires, petits ou grands, seront les perdants d’un spectacle dont personne ne réclamait la première partie.























