Par la rédaction — Avril 2026
La montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran agit aujourd’hui comme un révélateur brutal des équilibres géopolitiques contemporains. Plus qu’un simple affrontement régional, cette crise expose les fragilités du système international et pose une question devenue centrale : les BRICS peuvent-ils réellement constituer un contrepoids crédible à l’hégémonie occidentale ?
Alors que le détroit d’Ormuz reste sous haute surveillance, que les marchés énergétiques demeurent nerveux et que les initiatives diplomatiques peinent à aboutir, les BRICS se retrouvent face à un véritable test de maturité géopolitique.
Et pour l’instant, le constat reste nuancé.
Une crise aux répercussions mondiales
Le bras de fer entre Washington et Téhéran dépasse largement le cadre du Golfe. Les tensions militaires, le maintien d’un blocus maritime partiel autour des ports iraniens et les menaces sur la libre circulation dans le détroit d’Ormuz ravivent le spectre d’un choc pétrolier mondial. Les marchés réagissent par une forte volatilité, tandis que les grandes puissances suivent avec inquiétude toute possibilité d’escalade.
Dans ce contexte, les BRICS élargis — désormais renforcés par l’intégration de pays comme l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis — apparaissent en première ligne. Mais cette proximité avec l’épicentre de la crise ne s’est pas traduite par une capacité d’action collective.
Au contraire, elle a mis en lumière leurs contradictions internes.
Un bloc profondément divisé
Malgré leur ambition affichée de peser davantage sur la gouvernance mondiale, les BRICS peinent toujours à parler d’une seule voix.
La Chine et la Russie ont adopté des positions nettement critiques vis-à-vis de Washington et affichent une proximité diplomatique avec Téhéran. Pékin privilégie toutefois une stratégie de long terme, prudente et calibrée, davantage orientée vers la préservation de ses intérêts énergétiques et commerciaux que vers une confrontation frontale.
L’Inde, qui assure actuellement la présidence du groupe, adopte une posture beaucoup plus prudente. New Delhi cherche à préserver ses liens stratégiques avec les États-Unis tout en sécurisant ses approvisionnements énergétiques en provenance du Golfe. Elle refuse toute logique d’alignement automatique.
Les nouveaux entrants du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis — entretiennent quant à eux des relations structurelles avec Washington, notamment sur les plans sécuritaire, militaire et financier. Leur présence rend toute position commune encore plus délicate.
Le résultat est clair : lors de la réunion BRICS-MENA d’avril 2026 à New Delhi, aucun communiqué conjoint n’a pu être adopté. Les représentants se sont limités à exprimer une “profonde préoccupation”, sans déclaration politique forte ni mécanisme de médiation concret.
Un club d’intérêts plus qu’une alliance stratégique
La crise actuelle rappelle une réalité souvent occultée : les BRICS ne constituent ni une alliance politique, ni une coalition militaire.
Il s’agit avant tout d’un regroupement de puissances émergentes partageant une volonté commune de rééquilibrer l’ordre international, mais dont les intérêts stratégiques restent souvent divergents, voire opposés.
Contrairement à l’OTAN, le groupe ne dispose :
• ni de mécanisme de défense collective ;
• ni de doctrine géopolitique unifiée ;
• ni d’architecture décisionnelle contraignante ;
• ni d’outil institutionnel de gestion des crises.
Chaque État agit donc selon ses propres priorités nationales.
La crise irano-américaine révèle ainsi que les BRICS fonctionnent davantage comme un forum de coordination souple que comme un véritable bloc stratégique capable d’imposer une ligne commune.
Une influence réelle, mais encore incomplète
Cela ne signifie pas que les BRICS sont insignifiants. Bien au contraire.
Leur poids économique, démographique, industriel et énergétique en fait un acteur incontournable de la recomposition mondiale. Ils représentent une part croissante du PIB mondial, des flux commerciaux Sud-Sud et des réserves énergétiques stratégiques.
Leur objectif implicite reste clair : réduire la dépendance au dollar, limiter l’effet extraterritorial des sanctions américaines et construire progressivement des alternatives institutionnelles — notamment via la Nouvelle Banque de Développement ou les règlements en monnaies locales.
Mais la crise USA–Iran souligne leurs limites actuelles :
• incapacité à coordonner une réponse politique ;
• absence de leadership consensuel ;
• dépendance persistante aux dynamiques régionales ;
• impossibilité d’agir comme médiateur crédible unique.
Autrement dit : puissance économique, oui ; puissance géopolitique structurée, pas encore.
Vers un monde multipolaire… mais fragmenté
Les BRICS ne remplacent pas l’ordre occidental ; ils participent plutôt à son érosion progressive.
Le monde évolue bel et bien vers un système multipolaire, mais ce multipolarisme reste profondément fragmenté. Il ne produit pas encore un nouvel ordre stable, mais une coexistence concurrentielle entre plusieurs centres de puissance.
La crise entre Washington et Téhéran n’est donc pas un simple conflit régional : elle illustre la transition inachevée d’un monde unipolaire vers un système plus diffus, plus instable et moins prévisible.
Les pôles de puissance se multiplient, mais les mécanismes de régulation collective ne suivent pas.
C’est là toute la fragilité de l’époque actuelle.
Les BRICS incarnent une ambition historique : celle d’un monde moins dominé par l’Occident et davantage ouvert aux puissances émergentes.
Mais face à une crise majeure comme celle opposant les États-Unis à l’Iran, ils révèlent surtout leurs propres fragilités structurelles.
L’absence de position commune, l’échec des initiatives diplomatiques récentes et les divergences profondes entre leurs membres montrent que le groupe reste davantage une coalition d’intérêts qu’un véritable pôle géopolitique unifié.
La multipolarité avance, mais sans véritable architecture.
Et dans un monde sous tension, cette nuance change tout.



























