Dans un contexte de transformation numérique accélérée à l’échelle mondiale, le docteur en intelligence artificielle Aymen Chekhari affirme que l’intelligence artificielle, et plus particulièrement l’IA générative, n’est plus un luxe technologique ni un simple projet expérimental, mais un levier stratégique essentiel à la survie et à la compétitivité des entreprises.
Dans une déclaration accordée au journal L’Expert, Dr Chekhari explique que l’usage de l’IA générative ne représente aujourd’hui qu’environ 17 % de l’utilisation globale de l’intelligence artificielle au sein des organisations, malgré son potentiel disruptif majeur. Selon lui, les entreprises se trouvent actuellement à un point de bifurcation décisif.
Il souligne que la problématique de la rareté des données n’est plus un frein majeur, comme elle l’était auparavant. L’IA générative introduit en effet un nouveau paradigme permettant de synthétiser des données à partir de volumes limités, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour les entreprises tunisiennes disposant de bases de données restreintes.
Dans ce cadre, Dr Chekhari estime que les entreprises tunisiennes vivent une phase charnière. Les organisations dites AI-native verront leurs marges et leur compétitivité s’améliorer, tandis que les entreprises héritées (legacy) risquent une marginalisation rapide si elles ne s’engagent pas dans cette transition.
L’expert insiste également sur le fait que l’intelligence artificielle est devenue une contrainte incontournable au sein des organisations, sous l’effet de la pression internationale et de la pénurie de talents. Aujourd’hui, il est rare de trouver un ingénieur qui ne s’appuie pas sur des outils d’IA dans son travail quotidien. Il alerte par ailleurs sur la perte progressive du savoir-faire liée au départ à la retraite des experts, considérant que chaque jour sans capitalisation de ces connaissances constitue une perte significative.
Selon lui, la question que se posent désormais les entreprises n’est plus : « Que pouvons-nous faire avec l’intelligence artificielle ? », mais plutôt : « Combien perdons-nous chaque jour en ne l’adoptant pas ? ». Il rappelle que la réussite d’un projet d’IA repose avant tout sur la qualité des données, leur gouvernance, et surtout sur l’alignement entre les processus métiers et les systèmes de données.
Toutefois, Dr Chekhari met en garde contre une utilisation systématique de l’IA générative. L’employer pour des cas inadaptés revient, selon lui, à « conduire une Ferrari sur une piste non asphaltée ». Chaque problématique nécessite l’outil technologique le plus pertinent.
En conclusion, il affirme que l’enjeu pour la Tunisie n’est pas de développer des modèles linguistiques géants à partir de zéro, mais de concevoir des solutions intelligentes, intégrées et sur mesure, combinant modèles classiques, IA générative et agents intelligents. C’est dans cette capacité à créer des produits spécialisés et exportables que réside, selon lui, la véritable opportunité pour renforcer la position de la Tunisie dans l’économie mondiale de l’intelligence artificielle.






















