La récente déclaration d’une opération significative sur le capital de la Société de Fabrication des Boissons de Tunisie(SFBT) relance les interrogations sur les intentions réelles de son partenaire historique français, la Société des Brasseries & Glacières Internationales (BGI).
Selon la déclaration publiée le 6 janvier 2026, BGI a procédé, le 5 janvier 2026, à l’acquisition de 100 000 actions SFBTà un prix moyen pondéré de 12,680 dinars, pour un montant global de 1,268 million de dinars.
Une opération menée par une entité étroitement liée à la gouvernance de la SFBT, BGI étant représentée au Conseil d’administration par son président, M. Guy de Clercq.
Une opération modeste… mais politiquement et stratégiquement lisible
À première vue, l’opération peut paraître limitée au regard de la capitalisation boursière de la SFBT et de la structure de son actionnariat. Elle ne bouleverse ni les équilibres de contrôle, ni la majorité effective du capital. Pourtant, le timing et le profil du déclarant donnent à cette transaction une portée symbolique et stratégique non négligeable.
Dans un contexte où la SFBT affiche une résilience financière remarquable, une rentabilité soutenue et une forte génération de cash-flows, tout renforcement – même marginal – d’un actionnaire stratégique ne peut être interprété comme anodin.
Renforcement de confiance… ou optimisation fiscale ?
La question centrale reste donc entière :
BGI cherche-t-elle à renforcer sa position stratégique dans la SFBT, ou s’agit-il d’un simple arbitrage financier dicté par des considérations fiscales ou comptables ?
Plusieurs lectures sont possibles :
• Une lecture défensive : dans un environnement régional incertain, le renforcement de la participation pourrait viser à consolider une position historique dans un actif jugé sûr, rentable et peu volatil.
• Une lecture opportuniste : le niveau de valorisation de l’action SFBT, jugé attractif par certains analystes, pourrait avoir incité BGI à procéder à un achat tactique sans intention stratégique de long terme.
• Une lecture fiscale : l’opération pourrait s’inscrire dans une logique d’optimisation de portefeuille, de gestion de plus-values latentes ou de repositionnement intra-groupe, sans impact réel sur la gouvernance ou la stratégie industrielle.
Vers un changement de posture du partenaire français ?
La véritable interrogation porte sur l’avenir :
BGI compte-t-elle aller plus loin et renverser progressivement sa position, ou cette acquisition restera-t-elle isolée ?
À ce stade, aucun élément ne permet d’affirmer l’existence d’un plan de montée en puissance ou d’un changement de doctrine vis-à-vis de la SFBT. Mais dans un marché tunisien marqué par la rareté des actifs de qualité et par une recomposition silencieuse des participations étrangères, chaque mouvement mérite d’être scruté avec attention.
Un signal à suivre de près
En définitive, cette opération, bien que limitée en volume, envoie un signal de marché : celui d’un actionnaire stratégique qui reste attentif, présent et actif.
Reste à savoir si ce signal annonce une simple parenthèse technique ou les premiers jalons d’un repositionnement plus ambitieux de la partie française dans l’un des fleurons de l’industrie tunisienne des boissons.
Une question demeure ouverte :
BGI prépare-t-elle l’avenir… ou se contente-t-elle d’optimiser le présent ?
Un dossier à suivre.
Ben Heddia Abdellatif
























