Un secteur stratégique sous tension
Symbole de la Méditerranée et fierté nationale, l’huile d’olive tunisienne traverse l’une des crises les plus préoccupantes de son histoire. Premier produit agricole d’exportation du pays, pilier de sa balance commerciale et moteur d’emploi rural, l’or vert tunisien se retrouve aujourd’hui pris en étau entre la crise hydrique, la flambée des coûts et les incertitudes climatiques.
La campagne oléicole 2025-2026 s’annonce déjà compromise : les prévisions tablent sur une production inférieure de 30 à 40 % à la moyenne quinquennale. Les réservoirs du centre et du sud sont à des niveaux critiques, les oliveraies de Sfax, Kairouan et Sidi Bouzid souffrent d’un stress hydrique prolongé, et les huileries tournent à capacité réduite.
L’eau, nouvelle ligne rouge agricole
Le manque d’eau n’est plus un aléa mais une donnée structurelle. Les barrages du pays sont remplis à moins de 25 % de leur capacité. Dans certaines régions, les puits traditionnels sont à sec, les forages profonds coûtent une fortune et les tensions entre agriculteurs s’exacerbent.
Les autorités ont bien tenté d’encadrer l’irrigation, mais la réalité du terrain montre une déconnexion entre politiques publiques et urgences locales. L’olivier, censé être une plante résistante à la sécheresse, devient paradoxalement vulnérable dans un contexte de pluviométrie divisée par deux en dix ans.
Des coûts qui explosent, des financements qui se raréfient
Face à la chute des rendements, les coûts de production explosent : labour, engrais, main-d’œuvre et transport. Les banques, elles, se montrent frileuses. Les crédits de campagne sont accordés au compte-gouttes, notamment aux huileries et petits producteurs incapables d’offrir des garanties suffisantes.
Dans ce contexte, la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS) reste l’un des rares établissements à soutenir activement le secteur à travers des lignes de financement adaptées et des conventions de facilitation avec les groupements oléicoles. Mais l’enjeu dépasse la simple trésorerie : c’est toute la chaîne de valeur qui vacille.
Un atout national à revaloriser
Pourtant, l’huile d’olive demeure l’un des rares secteurs où la Tunisie conserve un véritable avantage comparatif mondial. Troisième exportateur mondial, elle bénéficie d’une reconnaissance croissante pour la qualité de ses huiles biologiques et extra-vierges. Mais faute de stratégie hydrique claire et d’investissement dans la modernisation agricole, ce bastion de compétitivité risque de s’effriter.
La solution passe par une refonte du modèle :
Optimisation de l’irrigation (goutte-à-goutte, récupération des eaux usées traitées) ;
Sélection de variétés plus résistantes ;
Valorisation locale à travers l’embouteillage et la labellisation ;
Mise en place d’une politique de crédit verte pour soutenir les exploitations durables.
Un choix de société
La crise de l’huile d’olive n’est pas seulement agricole : elle illustre la collision entre changement climatique, gestion publique défaillante et absence de vision stratégique. Préserver ce secteur, c’est préserver un pan entier de l’identité économique et culturelle du pays.
Dans un contexte où peu d’industries tunisiennes restent compétitives à l’international, l’olivier n’est pas qu’un arbre : il est le dernier rempart d’un modèle agricole encore exportateur. S’il vient à dépérir, c’est une part du rayonnement tunisien qui risque de disparaître avec lui.





















