TUNIS – La décision est tombée, suscitant plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Kamel Neji a quitté la présidence du Conseil d’administration de l’Union Internationale de Banques (UIB), officialisant une sortie discrète qui contraste avec l’ampleur des défis laissés derrière lui. Si le langage convenu des communiqués évoque un tournant personnel ou la passation de pouvoir classique, le timing et le contexte de ce départ pointent vers des raisons bien plus structurelles. Les observateurs avertis y voient l’épilogue logique d’un double échec stratégique : la restructuration inaboutie de la banque et l’échec retentissant de sa cession à un groupe privé.
Un mandat sous le signe du chantier inachevé
Arrivé à la tête de l’établissement, Kamel Neji héritait d’un dossier épineux. L’UIB, bien qu’historique et incontournable, naviguait dans une mer de créances douteuses, nécessitant un assainissement urgent de son bilan et une recapitalisation robuste pour retrouver compétitivité et sérénité. Sa mission était claire : préparer la banque pour l’avenir, soit en la rendant attractive pour un repreneur stratégique, soit en pilotant sa mue en interne.
Des efforts de modernisation et de digitalisation ont certes été engagés, mais ils sont restés insuffisants pour inverser durablement la courbe dans un environnement économique national difficile. Le cœur du problème – le poids des non-performances – demandait une solution bien plus radicale, un chantier dont l’ampleur a semble-t-il eu raison de la volonté de son principal artisan.
Le fiasco de la cession avec un groupe privé : l’échec qui change tout
L’ombre portée de cet échec plane lourdement sur la présidence de M. Neji. Acté en juillet 2023, l’abandon des négociations avec ce groupe a sonné comme un coup de massue pour la stratégie de l’UIB et son principal actionnaire, Société Générale.
Les raisons de cet abandon sont révélatrices des difficultés internes : désaccord sur la valorisation, portefeuille de créances douteuses jugé trop lourd et trop risqué, faisant fuir l’investisseur privé pourtant pressenti. Cet épisode n’a pas seulement été un simple raté ; il a été une onde de choc. Il a exposé au grand jour la fragilité de l’actif UIB et a invalidé la stratégie de cession qui était probablement la pierre angulaire du mandat de Kamel Neji. Cet échec a incontestablement fragilisé sa position, laissant la banque dans un no man’s land stratégique, sans le souffle nouveau escompté.
Restructuration avortée : la mission impossible ?
Dans la séquence qui a suivi l’échec, la feuille de route pour Kamel Neji et son équipe était pourtant tracée : il fallait se résoudre à une restructuration en interne, sans recours à un partenaire extérieur. Une voie étroite, coûteuse et complexe, nécessitant une conviction sans faille des actionnaires et une gouvernance forte.
La question se pose donc avec acuité : ce départ soudain n’est-il pas l’indice que le plan de restructuration nécessaire n’a pas pu être engagé, ou a rencontré un mur ? Les actionnaires, dont Société Générale, ont-ils refusé de suivre les orientations ou d’injecter les capitaux nécessaires pour un assainissement en profondeur ? Le départ de M. Neji ressemble fort à l’aveu que la restructuration sans repreneur était une mission impossible, scellée par l’échec préalable de la vente.
L’UIB à la croisée des chemins
Ainsi, la question n’est plus de savoir si le départ de Kamel Neji est lié à ces échecs, mais plutôt comment il en est la conséquence directe. Son héritage est celui d’une banque toujours en quête de son second souffle, confrontée aux mêmes défis structurels, mais avec une crédibilité écornée et un temps perdu.
La succession qui s’ouvre maintenant est cruciale. Elle déterminera l’ultime option pour l’UIB : relancer dans la douleur un nouveau processus de cession, avec une valorisation probablement revue à la baisse, ou trouver une personnalité capable de convaincre les actionnaires de s’engager dans une restructuration solitaire, longue et incertaine.
Le départ de Kamel Neji n’est pas une simple passation ; c’est le symptôme des profondes difficultés d’un système bancaire tunisien en pleine mutation, où la résistance au changement et le poids des passifs peuvent avoir raison des meilleures volontés. L’UIB, désormais, attend son sauveur.
ABOU FARAH