Les billets et monnaie en circulation ont atteint un niveau historique de 26 milliards de dinars aujourd’hui (29/08/2025). L’économie tunisienne est redevenue une économie du cash et de l’argent liquide. Pourtant depuis des années des efforts, des stratégies et des textes règlementaires ont été mis en place pour le décashing afin de combattre le secteur informel et introduire plus de transparence et de fluidité dans les transactions économiques. Selon des chiffres officiels, le secteur informel représente plus de 40% de l’économie tunisienne. Un chiffre qui risque de croître à la lumière du fonctionnement du marché actuellement.
Un aveu d’échec :
La stratégie du décashing, et après des années d’effort, tombe à l’eau, et nous devons l’assumer. Une stratégie qui a été même portée par la banque des banques. En effet, la banque centrale, du temps de Marouene Abassi, l’ex gouverneur, a mis en place une commission de décahing et a développé un outil de paiement électronique pour toutes les banques, qui n’a pas vu le jour jusqu’à aujourd’hui. De leurs côté plusieurs banque de la place, si elles ne sont pas toutes, ont développé leurs outils de mobile paiement afin de contribuer au décashing et la digitalisation de l’économie.
Les recettes des finances ont aussi intégrer les TPE dans leur mode de paiement, après des années d’attente, et des polémiques qui découlent d’une forte résistance au changement de la part de l’administration tunisienne. Cette action s’intègre dans le cadre d’une stratégie nationale de décashing, mise en place par le ministère des finances lui-même. Cette action prévue en Juin 2019, n’a été rendue possible qu’en 2024.
Depuis la loi des finances de 2014, le gouvernement avait affiché une volonté claire de réduire le cash dans l’économie. Une volonté qui est venue se confirmer en 2019. En effet, la loi des finances avait annoncé qu’àpartir du 1er juin 2019, le payement en cash des vente / achat de biens immobiliers, de fonds de commerce ou de véhicules dont le montant est égal ou dépasse les 5.000 dinars ne sera plus toléré. Les contrevenants, outre le fait que leurs opérations de cession peuvent être entravées par les administrations publiques, risquent une amende de 20% du montant payé avec un seuil minimal de 1.000 dinars. Une disposition qui a certainement bloqué certains secteurs d’activité, mais qui a contribué nettement à la réduction du montant des billets en circulation.
Retour en force du cash :
Le retour du cash en Tunisie depuis quelques mois est du principalement à la concomitance de plusieurs saisons de grande consommation. En effet, les tunisiens ont des besoins de liquidités pour l’Aid El Kébir, le Ramadan, les vacances, et les fêtes de réussite.
S’ajoute à ce phénomène la baisse de l’usage du chèque après l’amendant du code du commerce. Cette tendance est confirmée par les chiffres de la BCT publiés au mois de Juin sur les moyens de paiement. La note de la BCT montre que le nombre de chèques télécompensés a chuté de 62 % au cours des trois premiers mois 2025, pour se situer à 2,33 millions d’opérations et ils ne représentent en volume que 16,3 % des moyens de paiement télécompensés, contre 36 % fin 2024.
En valeur également, le montant total des chèques émis a baissé de 48,3 %, atteignant 15,99 milliards de dinars. Les montants des chèques ne couvrent alors que 30,1 % de la valeur des paiements compensés, alors qu’ils couvraient 51 % fin 2024.
De l’autre côté et depuis octobre 2024, il n’est plus obligatoire de justifier l’origine des fonds en espèces; alors qu’auparavant c’était une obligation. Ce qui a encouragé la détention de cash, notamment pour des transactions informelles. En effet, la détention d’un montant en espèces de 5000 dinars ou plus n’est plus une infraction pénale depuis l’abrogation de l’article 16 de la loi n°2014-54 par le décret-loi de 2024. Vous n’avez donc pas à justifier spécifiquement cette somme.
Tous ces facteurs, structurels et conjoncturels, expliquent en grande partie la montée du cash dans l’économie tunisienne.
Nous sommes arrivés à un stade ou notre économie est devenue très liquide, et que tous processus de décashing deviendra impossible. Mais jusqu’ou peut on tenir avec cette pression croissante sur la liquidité ? Les banques vont-elles répondre constamment aux demandes de liquidité ? Qu’en est-il du secteur informel qui va certainement prendre encore plus d’ampleur ? Avions-nous besoin réellement besoin de tout ce gabegie en ces temps de crise ? Que ferons-nous de tous ces ingénieurs et développeurs qui travaillent sur des solutions de digitalisation et de paiement électronique ?
Autant de question auxquels il faudra répondre par des solutions radicales capables de renverser la tendance.