L’inflation semble échapper à tout contrôle. Elle est dans une courbe ascendante et a atteint 5.6% au mois de Septembre 2026. Cette inflation est principalement portée par une hausse des prix des produits alimentaires de 8.4%.
Les prix de certains produits tel que les fruits, les légumes, les viandes rouges, les viandes blanches,….ont atteint des niveaux sans précédent. Les ménages n’arrivant pas à joindre les deux bouts.
Mais ou chercher les causes de cette inflation ?
L’inflation en Tunisie est la conjonction de plusieurs paramètres.
C’est avant tout « une inflation importée ». En effet, si le dinar a maintenu une certaine stabilité face aux principales monnaies d’échange, les cours mondial de plusieurs produits alimentaires importés par la Tunisie ou les intrants dans la production de certains produits, ont enregistré une hausse considérable à cause des tensions géopolitiques dans le Golfe persique. On cite à ce niveau les céréales, le sucre, l’huile végétale, le maïs, le zinc, le plastique, l’acier, les fertilisants,…S’ajoutent à ces hausses, l’augmentation du coût du fret maritime engendrée par la hausse des frais d’assurance ou du carburant.
C’est aussi une inflation causée par les changements climatiques enregistrés en Tunisie et dans le bassin méditerranéen. Les vagues de chaleurs historiques successives, la sècheresse, les pluies dévastatrices et les grêles, ont perturbé et endommagé plusieurs productions agricoles, ce qui a conduit à une baisse de la production et par conséquent à des hausses de prix.
L’inflation est expliquée aussi par les défaillances et le manque de moyens pour les agents de contrôle économique. En effet, avec moins de 600 agents de contrôle économique au niveau du ministère du commerce, il est impossible de contrôler et maitriser les différents circuits de distribution et les 450.000 points de vente. Une situation qui ouvre la voie à la spéculation, aux pratiques anticoncurrentielles, et par conséquent à la hausse des prix.
L’autre élément très important qui peut expliquer les raisons de l’inflation en Tunisie revient aussi au financement du déficit public par la Banque Centrale, ou ce que certains appellent, à tort (car il ne s’agit pas d’imprimer de l’argent), « la planche à billets ». En effet, la loi de finance 2026 autorise la Banque Centrale à financer le trésor à hauteur de 11 milliards de dinars sur une période de 15 ans avec 3 années de grâce. Cette autorisation s’ajoute aux autorisations de 2024 et 2025 à hauteur de 7 milliards de dinars chacune. Au terme de cette année, le trésor aurait reçu 25 milliards de dinars durant 3 ans. Selon le document relatif à l’exécution du budget, seulement 51% des 11 milliards de dinars prévu cette année ont été utilisés par le trésor.
Les experts ont déjà alerté sur les impacts inflationnistes de ces opérations de financement du déficit public. En effet, si les financements obtenus par le trésor vont à la couverture des dépenses publiques telles que les salaires, la subvention ou le paiement des fournisseurs, l’argent va débarquer dans les caisses des banques, qui les transforment en crédits et ainsi la demande globale va augmenter. Si parallèlement la production n’augmente pas suffisamment, et c’est le cas en Tunisie, l’ajustement est automatiquement effectué par une hausse des prix d’où l’inflation enregistrée à ce jour. On peut donc affirmer qu’une partie de l’inflation est causée par les opérations de financement direct du trésor par la BCT.
Il faut aussi préciser que le financement du déficit public par la BCT ne mène pas automatiquement à l’inflation, si le trésor utilise cet argent pour le remboursement de bons de trésors ou des crédits bancaires et que la BCT éponge cette liquidité pour stériliser l’effet de l’inflation. La politique monétaire de la BCT est très importante à ce niveau pour neutraliser l’effet pervers du financement du déficit public.
Le gouvernement va présenter dans les jours à venir son projet de budget et de loi des finances pour l’année 2027. On ne sait pas encore s’il a prévu un nouveau recours aux financements de la BCT. S’il le fait, le danger sur le pays serait encore plus important et nous serons face à une forme de dépendance budgétaire liée à la création monétaire.




















