La pollution plastique ne constitue plus seulement une menace environnementale pour la Tunisie : elle représente également un coût économique considérable. Selon un nouveau rapport de Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), la pollution plastique coûterait actuellement à la Tunisie entre 170 et 560 millions de dollars par an, soit environ 502,5 à 1 655,1 millions de dinars.
Et la facture pourrait exploser dans les prochaines années.
JUSQU’À 29,5 MILLIARDS DE DINARS À L’HORIZON 2040
Le rapport intitulé « Évaluer le coût de la pollution plastique en Égypte, au Maroc et en Tunisie » estime que, sans action suffisante, le coût cumulé de l’inaction face à la pollution plastique pourrait atteindre entre 3 et 10 milliards de dollars d’ici 2040, soit environ 8,8 à 29,5 milliards de dinars.
Un chiffre qui donne une nouvelle dimension au problème : au-delà de l’impact sur l’environnement, la pollution plastique pourrait devenir une charge économique de plus en plus lourde pour le pays.
77 % DES DÉCHETS RAMASSÉS SUR LES PLAGES SONT EN PLASTIQUE
L’ampleur du phénomène apparaît notamment sur le littoral tunisien.
Sur neuf plages étudiées, les opérations de collecte ont permis de ramasser 9 821 déchets, dont 77 % étaient constitués de plastique.
Plus frappant encore : parmi les déchets dont l’origine a pu être identifiée, 98,2 % provenaient de Tunisie.
Ces données suggèrent que la majeure partie des déchets retrouvés sur les plages étudiées est liée au système national de production, de consommation et de gestion des déchets plutôt qu’à des apports provenant de l’étranger.
17 000 TONNES DE PLASTIQUE REJETÉES CHAQUE ANNÉE EN MÉDITERRANÉE
Selon les données citées dans le rapport, la Tunisie produit chaque année environ 188 000 tonnes de déchets plastiques, sur un volume total de plus de 2 millions de tonnes de déchets.
Une partie importante de ces déchets est mal gérée.
La Banque mondiale estime ainsi que 55 500 tonnes de déchets plastiques mal gérés à terre seraient à l’origine du rejet annuel d’environ 17 000 tonnes de plastique dans la mer Méditerranée.
Un phénomène qui touche directement le littoral, les écosystèmes marins, mais également des secteurs économiques comme le tourisme et les activités côtières.
LE MATÉRIEL DE PÊCHE PÈSE LOURD DANS LA POLLUTION
Le rapport pointe également le rôle du matériel de pêche dans les déchets retrouvés sur les plages.
Celui-ci représenterait près de 22,2 % des déchets relevés en poids.
Parmi les pistes proposées figure ainsi l’extension de la responsabilité des producteurs au matériel de pêche, en s’appuyant notamment sur les mécanismes législatifs déjà existants en Tunisie.
LES SACS PLASTIQUES À USAGE UNIQUE DANS LE VISEUR
Le rapport recommande également de renforcer l’application des restrictions concernant les sacs plastiques à usage unique, déjà en vigueur depuis janvier 2020.
L’objectif serait de réduire davantage la consommation de plastique évitable et d’améliorer l’efficacité des dispositifs existants.
TUNISIE : UN ENJEU AUSSI INTERNATIONAL
Le rapport intervient alors que les délégations gouvernementales doivent se réunir à Bangkok du 27 au 30 septembre pour une réunion des chefs de délégation consacrée au Traité mondial relatif aux plastiques, avant le prochain cycle officiel de négociations prévu en mars 2027.
Pour Greenpeace MENA, la Tunisie a intérêt à défendre des mécanismes internationaux permettant notamment de réduire le plastique inutile à la source, renforcer la responsabilité des producteurs et mobiliser des financements.
Farah Al Hattab, responsable de la campagne sur les plastiques chez Greenpeace MENA, estime que la poursuite de la trajectoire actuelle pourrait coûter à la Tunisie davantage que les bénéfices qu’elle pourrait en tirer.
LE PLASTIQUE : UNE FACTURE ENVIRONNEMENTALE… ET ÉCONOMIQUE
La Tunisie se retrouve ainsi face à une équation de plus en plus coûteuse : importer la quasi-totalité des polymères plastiques bruts, tout en supportant les conséquences de leur mauvaise gestion sur son littoral, ses écosystèmes, ses villes et certaines activités économiques.
Avec une facture annuelle estimée entre 502,5 millions et 1,65 milliard de dinars, et un risque pouvant atteindre 29,5 milliards de dinars à l’horizon 2040, le débat sur le plastique dépasse désormais largement la seule question environnementale.
Pour la Tunisie, la réduction de la pollution plastique devient aussi une question de coût, de compétitivité et de protection des ressources économiques nationales.




















