Chaque pays a sa propre stratégie fiscale qui s’adapte à sa réalité économique. Dans un esprit d’évaluation et d’analyse, l’OCDE vient de publier son onzième rapport intitulé «Réformes de la politique fiscale 2026: OCDE et économies partenaires sélectionnées». Ce rapport dresse le tableau des réformes introduites ou annoncées en 2025 dans 92 juridictions membres du Cadre inclusif OCDE/G20. La Tunisie est l’un des 7 pays africains analysés par ce rapport.
Selon le rapport, en 2024, le ratio moyen des recettes fiscales au PIB dans les pays de l’OCDE a augmenté de 0,4 point de pourcentage, passant de 33,7 % à 34,1 %. Parmi les 36 pays de l’OCDE pour lesquels des données préliminaires sont disponibles pour 2024, ce ratio a progressé dans 22 pays, a reculé dans 13 autres et est resté inchangé dans un seul pays. Les recettes tirées des impôts sur les biens et services, exprimées en pourcentage du PIB, ont diminué dans 22 pays, enregistrant une baisse moyenne de 0,5 point de pourcentage. Les recettes de l’impôt sur la propriété ont également reculé dans 27 pays de l’OCDE. En revanche, les recettes provenant des cotisations de sécurité sociale ont augmenté dans 24 pays.
Les évolutions récentes ont varié selon les régions et les groupes de revenu. Les moyennes régionales pour 2023 indiquent que le ratio des recettes fiscales au PIB a augmenté en Afrique et dans la région Asie-Pacifique, tout en diminuant en Amérique latine et dans les Caraïbes.
En Afrique, le ratio moyen des recettes fiscales au PIB pour 38 pays a progressé de 0,5 point de pourcentage pour atteindre 16,1 % du PIB en 2023, sous l’effet notamment de la hausse des recettes de l’impôt sur les sociétés.
S’agissant des groupes de revenu, les pays à revenu élevé ont vu leur ratio moyen des recettes fiscales au PIB diminuer de 0,5 point de pourcentage pour s’établir à 31 % en 2023. À l’inverse, ce ratio a augmenté de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 19 % dans les pays à revenu intermédiaire, et de 0,3 point de pourcentage pour atteindre 13 % dans les pays à faible revenu.
Au niveau des pays africains couverts par le rapport plusieurs stratégies se dégagent. L’Afrique du Sud a choisi d’augmenter les taxes et les impôts verts tout en adoptant une politique de rigueur budgétaire. Pour le Kenya et l’Ile Maurice la stratégie était de baisser les impôts d’une manière ciblée pour certains secteurs tels que les actifs numériques, la vente de ferraille, …Quant au Maroc il a annoncé une baisse de certains taux mais d’une façon ciblée : taux supérieur IRPP réduit; réductions d’assiette: allocations, crédits, tranches, avantages employeurs, enfants et personnes à charge, revenus locatifs, épargne-retraite…
Selon le rapport, la Tunisie a fait un choix inverse aux autres pays africains. Le pays a relevé son taux général d’IS de 15 à 20%. Une décision rare dans un contexte où, selon le rapport, «pour la troisième année consécutive, le taux moyen combiné de l’impôt sur les sociétés est resté stable».
La Tunisie, dont la part IRPP+CSC atteint 50,5% en 2023, subit une baisse de son ratio impôts/PIB de 0,77 point. Sa part de l’IS dans les recettes n’était que de 9,23% en 2023, contre 36,23% pour les taxes sur les biens et services. La hausse de l’IS est donc un signal de mobilisation, mais elle intervient dans une économie déjà très dépendante de la consommation.
Lors de sa récente réunion avec la présidente du gouvernement et le ministre de la planification et du plan, le président de la République avait appelé à éviter toute nouvelle hausse d’impôts afin de maitriser la pression fiscale lors de la prochaine loi des finances. De son côté le président de la commission des finances au parlement, Maher Ketari, avait affirmé qu’il fera de son possible pour ne pas autoriser de nouvelles hausse d’impôts.
Cette stratégie demeure tributaire des besoins financiers du pays pour 2027, ainsi que la capacité du ministère des finances à mobiliser les recettes nécessaires. Le seul trou qui sera dur à combler est celui des dépenses énergétiques, avec un baril à 104 dollars.




















