La Tunisie franchit une étape importante dans la sécurisation de son approvisionnement céréalier. La campagne de collecte 2025-2026 a permis de réunir environ 11 millions de quintaux de céréales, dont 8,1 millions de quintaux de blé dur, une quantité qui devrait permettre de couvrir les besoins du marché jusqu’à janvier 2027.
L’annonce a été faite par Saloua Ben Hadid Zouari, Présidente Directrice Générale de l’Office des Céréales, en marge de la conférence nationale consacrée à l’évaluation de la récolte céréalière, à la saison agricole 2026 et aux préparatifs de la campagne de semences 2026-2027.
8,1 millions de quintaux de blé dur : un stock stratégique
La collecte réalisée cette saison constitue, selon la responsable, un renforcement de la sécurité nationale en matière de blé dur.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et des perturbations des marchés agricoles, la disponibilité du blé dur représente un enjeu stratégique majeur pour la Tunisie.
Les besoins mensuels du pays sont estimés à environ :
- 102 000 tonnes de blé dur ;
- 100 000 tonnes de blé tendre ;
- 88 000 tonnes d’orge.
Ces niveaux de consommation illustrent l’importance des capacités de collecte, de stockage et d’anticipation mises en place pour sécuriser l’approvisionnement national.
3,6 millions de quintaux de capacités de stockage mobilisées
La réussite de la campagne de collecte repose également sur l’anticipation des capacités de stockage.
Pour le transfert de la récolte 2026, environ 3,6 millions de quintaux de capacités de stockage ont été mobilisés.
Ce dispositif comprend :
- 2,3 millions de quintaux relevant de l’Office des Céréales ;
- 1 million de quintaux provenant de silos loués depuis la saison précédente ;
- 300 000 quintaux supplémentaires mobilisés dans le cadre du renforcement du programme de transfert.
Un dispositif qui vise à éviter les blocages logistiques et à assurer une meilleure fluidité entre la collecte, le stockage et l’approvisionnement du marché.
Record historique : 524 000 quintaux de semences certifiées
Autre indicateur majeur de cette campagne : les quantités de semences certifiées collectées ont atteint 524 000 quintaux, soit environ 30 % des besoins.
Il s’agit d’un objectif stratégique atteint pour la première fois, contre seulement 265 000 quintaux lors de la saison précédente.
Les superficies concernées par ces semences sont réparties entre :
- 459 000 hectares de blé dur ;
- 50 000 hectares de blé tendre ;
- 15 000 hectares d’orge.
Saison 2026-2027 : 500 000 quintaux déjà disponibles
Pour préparer la prochaine campagne agricole, l’Office des Céréales a commencé, depuis le 15 août 2026, à mettre à la disposition des agriculteurs environ 500 000 quintaux de semences sélectionnées.
La superficie prévue pour la prochaine campagne avoisine 1 million d’hectares, nécessitant près de 2,3 millions de quintaux de semences.
L’objectif affiché est de renforcer progressivement la part des semences certifiées utilisées par les agriculteurs.
Selon Mohamed Ali Ben Romdhane, sous-directeur des céréales à la Direction générale de la production agricole, le programme prévoit ainsi 500 000 quintaux de semences certifiées, avec un objectif de couvrir 40 % des besoins des agriculteurs.
Les quantités programmées se répartissent entre :
- 418 000 quintaux de blé dur ;
- 59 000 quintaux de blé tendre ;
- 15 000 quintaux d’orge.
Ammonitrate : des perturbations et 110 000 tonnes d’importations prévues
La campagne agricole n’est toutefois pas exempte de difficultés.
La distribution des engrais, notamment de l’ammonitrate, a connu certaines perturbations liées à la fermeture de l’usine de Gabès.
Pour répondre aux besoins des agriculteurs, le ministère prévoit l’importation de 110 000 tonnes d’ammonitrate durant cette campagne.
Parallèlement, des programmes d’encadrement et de vulgarisation agricole sont prévus afin d’accompagner les producteurs dans l’adoption de nouvelles technologies et l’amélioration des pratiques agricoles.
BNA : 2,055 milliards de dinars pour financer la collecte
Le secteur bancaire joue également un rôle central dans cette campagne.
Selon Ahmed Ben Moulehom, Directeur Général par intérim de la BNA Bank, les financements accordés aux agriculteurs durant la saison 2025-2026 ont atteint 125 millions de dinars, contre 111 millions lors de la campagne précédente, soit une progression de 12 %.
Près de 835 agriculteurs ont bénéficié directement de crédits saisonniers, tandis que quelque 4 300 bénéficiaires indirects ont également été concernés.
Le financement global des opérations de collecte de céréales s’est, quant à lui, élevé à 2,055 milliards de dinars, enregistrant une hausse de 14,8 % sur une année.
934 000 hectares récoltés
Sur le terrain, les superficies récoltées durant la saison 2025-2026 ont atteint 934 000 hectares, contre 991 000 hectares ensemencés.
La campagne a notamment bénéficié d’importantes précipitations dans les principales zones de production céréalière du Nord. Ces pluies ont contribué à améliorer l’état général des cultures et à renforcer les réserves hydriques dans les nappes et les barrages.
Au 20 mai 2026, le taux de remplissage des barrages avait ainsi atteint 64 %.
Mais la campagne a également été marquée par un démarrage difficile : le retard des précipitations en début de saison a entraîné une diminution des superficies consacrées aux céréales dans les régions du Centre-Est.
Une campagne sous le signe de la sécurité alimentaire
Avec 11 millions de quintaux collectés, dont 8,1 millions de quintaux de blé dur, la Tunisie dispose d’un important matelas pour sécuriser son approvisionnement jusqu’au début de 2027.
La priorité est désormais double : préserver les stocks disponibles et préparer la prochaine campagne, en renforçant les semences certifiées, les capacités de stockage, le financement agricole et l’approvisionnement en engrais.
Entre production, stockage, financement et semences, la filière céréalière tunisienne entre ainsi dans une nouvelle phase où la sécurité alimentaire devient plus que jamais un enjeu stratégique.




















