Fitch Ratings confirme la note de défaut émetteur à long terme de la Tunisie à « B- », avec une perspective stable. Une décision qui traduit à la fois les forces structurelles de l’économie tunisienne et la persistance de fortes vulnérabilités financières.
Selon l’agence, la Tunisie bénéficie d’un PIB par habitant et d’indicateurs de développement humain relativement favorables, d’une économie diversifiée, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une position extérieure qui a fait preuve de résilience face aux différents chocs.
Mais ces atouts restent fortement contrebalancés par un niveau élevé de dette publique, des déficits budgétaires importants et des besoins de financement considérables.
Le déficit courant pourrait atteindre 3,9 % du PIB
Fitch prévoit un élargissement du déficit courant à 3,9 % du PIB en 2026, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et de son impact sur le déficit commercial.
La bonne performance des exportations d’huile d’olive constitue toutefois un facteur de soutien. Les recettes d’exportation d’huile d’olive ont progressé de 44 % sur un an au premier semestre 2026, tandis que le compte des services demeure solide.
L’agence table ensuite sur une amélioration de la balance courante, avec un déficit inférieur à 2,5 % du PIB en 2027 et 2028, sous l’hypothèse d’une baisse des cours internationaux du pétrole.
Mais Fitch prévient : la Tunisie reste particulièrement exposée à un choc prolongé sur les prix du pétrole.
Les remboursements extérieurs diminuent
Autre élément jugé favorable : la baisse des remboursements de la dette publique extérieure, combinée à la résilience des financements provenant des partenaires bilatéraux et multilatéraux.
Les sorties nettes de financement extérieur devraient ainsi tomber à 1,4 % du PIB en 2026, contre un niveau record de 3,6 % en 2024, avant de se stabiliser autour de 1 % du PIB en 2027 et 2028.
La Tunisie a par ailleurs intégralement remboursé en juillet 2026 son unique euro-obligation encore en circulation, d’un montant de 700 millions d’euros, arrivée à échéance en juillet, grâce notamment à des prêts accordés par la Banque centrale.
Les réserves sous pression
Fitch estime que la reprise attendue du crédit commercial pourrait contribuer à réduire davantage les sorties nettes de capitaux.
Malgré cela, l’agence prévoit une baisse des réserves internationales à environ 3,3 mois de paiements extérieurs courants en 2026, en raison notamment de l’élargissement du déficit courant.
À partir de 2027, l’amélioration attendue de la balance courante devrait permettre aux réserves de remonter progressivement pour atteindre 3,7 mois de paiements extérieurs courants en 2028.
Les investissements directs étrangers restent toutefois un point positif : les entrées nettes d’IDE ont atteint 2 % du PIB en 2025, soutenues notamment par les investissements dans les énergies renouvelables et les activités manufacturières.
LE VRAI POINT NOIR : LE DÉFICIT BUDGÉTAIRE
C’est sur le front des finances publiques que le diagnostic de Fitch devient particulièrement préoccupant.
L’agence prévoit un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB en 2026, très supérieur à la médiane de 3,3 % observée pour les pays notés « B ».
La hausse du coût des subventions aux carburants devrait notamment ajouter 0,8 point de PIB au déficit.
Fitch ne prévoit pas de réforme budgétaire majeure à court terme et estime que l’assainissement des autres dépenses courantes, notamment de la masse salariale, a atteint ses limites.
Selon ses projections, le déficit devrait progressivement diminuer d’ici 2028, mais resterait fortement dépendant de l’évolution des prix du pétrole.
Et le scénario est particulièrement sensible : si le pétrole restait à 87 dollars le baril jusqu’en 2028, le déficit prévu pour cette année serait supérieur de 1,4 point de PIB aux projections actuelles de Fitch.
Une dette publique toujours très élevée
La dette publique tunisienne devrait atteindre environ 85 % du PIB en 2026, avant de rester globalement stable jusqu’en 2028.
Un niveau qui demeure très supérieur à la médiane de 55 % du PIB des pays notés « B ».
Autre facteur de vulnérabilité : environ 40 % de la dette publique totale est libellée en devises étrangères, exposant ainsi les finances publiques aux variations du taux de change et aux conditions de financement extérieur.
Une stabilité qui ne signifie pas absence de risques
Le maintien de la note « B- » avec perspective stable constitue donc un signal mitigé.
La Tunisie conserve des fondamentaux économiques importants : diversification de l’économie, capital humain, capacité exportatrice et résilience des IDE. Mais elle reste confrontée à un triangle de risques : déficit budgétaire élevé, dette publique lourde et forte sensibilité aux prix de l’énergie.
Le message de Fitch est clair : la stabilité de la note ne signifie pas la disparition des risques. La capacité de la Tunisie à réduire ses déficits, maîtriser sa dette et sécuriser ses financements sera déterminante pour améliorer durablement sa crédibilité financière.




















