La visite du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à Tunis marque une nouvelle étape dans les relations tuniso-allemandes, à l’heure où les deux pays célèbrent 70 ans de relations diplomatiques. Au palais de Carthage, le président Kaïs Saïed a plaidé pour une coopération renforcée, mais aussi pour une révision des équilibres qui structurent le partenariat entre la Tunisie et l’Europe.
Au cœur des discussions : l’accord de partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne, que le chef de l’État souhaite voir évoluer vers un cadre « plus équilibré et plus équitable ». Une position qui traduit la volonté tunisienne de revoir les mécanismes de coopération afin qu’ils répondent davantage aux intérêts du pays.
Des secteurs stratégiques au cœur du rapprochement
Kaïs Saïed a également insisté sur la nécessité d’intensifier la coopération avec l’Allemagne dans des domaines jugés stratégiques : enseignement supérieur, recherche scientifique, formation professionnelle, énergie et innovation technologique.
Le président tunisien a par ailleurs évoqué la question de la conversion des prêts en investissements, estimant que le peuple tunisien n’a pas suffisamment bénéficié de certains financements accordés par le passé et qu’une partie des fonds aurait été détournée de leur destination initiale.
Berlin veut renforcer son ancrage en Tunisie
De son côté, Johann Wadephul a réaffirmé que l’Allemagne et l’Union européenne demeurent des partenaires fiables de la Tunisie, affichant la volonté de Berlin d’élargir les perspectives de coopération.
Le ministre allemand a souligné l’importance des relations économiques entre les deux pays. L’Allemagne constitue un marché majeur pour les exportations tunisiennes, tandis que la Tunisie représente un partenaire de plus en plus important pour les entreprises et l’industrie allemandes.
Cette complémentarité pourrait ouvrir la voie à davantage d’investissements et d’échanges commerciaux, notamment dans les secteurs industriels et technologiques.
Énergie, eau, formation et digitalisation : les nouveaux fronts de coopération
La coopération tuniso-allemande ne se limite toutefois pas au commerce. Berlin accorde une importance particulière aux secteurs de la formation professionnelle, de la transition énergétique, de la gestion de l’eau et de la digitalisation.
Ces domaines apparaissent particulièrement stratégiques pour la Tunisie, confrontée à des défis majeurs en matière d’énergie, de ressources hydriques, d’emploi et de transformation numérique.
Les compétences tunisiennes installées en Allemagne constituent également un autre pont entre les deux pays. Johann Wadephul a mis en avant leur contribution à la société et à l’économie allemandes, ainsi que le développement des échanges universitaires.
70 ans après : un partenariat à réinventer
Au-delà des accords et des projets économiques, cette visite intervient dans un contexte international marqué par les crises, les tensions géopolitiques et les bouleversements économiques.
Pour Kaïs Saïed, cette nouvelle période exige « de nouvelles visions » et une pensée fondée sur la liberté et la justice. Pour Berlin, le renforcement du dialogue et de la coopération avec la Tunisie constitue une nécessité face aux défis qui touchent la Méditerranée et l’Europe.
Soixante-dix ans après l’établissement des relations diplomatiques, Tunis et Berlin semblent ainsi vouloir ouvrir un nouveau chapitre : une coopération plus stratégique, davantage tournée vers l’investissement, l’énergie, le savoir et les technologies, mais avec une exigence tunisienne clairement affichée : que le partenariat soit plus équilibré et plus équitable.




















