Commerce, industrie, dette, énergie, tourisme et compétences : la relation tuniso-allemande entre dans une nouvelle phase, avec des intérêts économiques de plus en plus imbriqués.
La visite officielle en Tunisie du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, le lundi 31 août 2026, intervient à un moment hautement symbolique : les deux pays célèbrent cette année le 70e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, officiellement instaurées en 1956.
Mais derrière la dimension diplomatique de cette visite se joue surtout une question stratégique : comment transformer sept décennies de coopération en un partenariat économique encore plus puissant ?
À l’invitation de son homologue tunisien Mohamed Ali Nafti, le chef de la diplomatie allemande doit examiner avec les autorités tunisiennes les moyens de renforcer les relations bilatérales, notamment dans les domaines de l’économie, de l’énergie, de la formation, de la recherche, de la migration et du développement durable.
L’Allemagne, un partenaire industriel majeur de la Tunisie
La relation économique entre les deux pays repose déjà sur une présence industrielle allemande particulièrement importante.
En 2026, 327 entreprises allemandes sont implantées en Tunisie, générant près de 93 000 emplois. Elles sont notamment actives dans l’automobile, le textile, l’électronique et les technologies modernes.
Les chiffres des investissements montrent également une dynamique soutenue. Au premier semestre 2026, 54 opérations d’extension ont été réalisées par des entreprises allemandes, représentant près de 205 millions de dinars d’investissement étranger et permettant la création de 929 emplois.
Trois nouvelles entreprises allemandes ont également été créées durant la même période.
Cette présence industrielle fait de l’Allemagne bien plus qu’un simple partenaire commercial : elle constitue un maillon important de l’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur européennes.
Plus de 5 milliards d’euros d’échanges commerciaux
Les échanges commerciaux occupent une place centrale dans cette relation.
Les exportations tunisiennes vers l’Allemagne sont passées de 8,16 milliards de dinars en 2023 à 9,18 milliards de dinars en 2025. Au premier semestre 2026, elles ont atteint environ 4,66 milliards de dinars.
L’Allemagne constitue également un marché particulièrement important pour certains produits tunisiens, notamment les dattes biologiques, dont elle est le premier client mondial.
Cette relation commerciale est soutenue par une coopération industrielle de longue date, particulièrement forte dans les secteurs automobile et textile.
La dette tunisienne au cœur d’une nouvelle équation ?
Autre dossier stratégique : la dette.
Depuis 2012, la Tunisie a bénéficié de la conversion de 101 millions d’euros de dette envers l’Allemagne, répartis en quatre tranches.
Une nouvelle initiative portant sur la conversion d’une partie de la dette tunisienne dans le cadre du mécanisme de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale est actuellement à l’étude côté allemand.
Cette question pourrait ouvrir la voie à de nouveaux mécanismes permettant de transformer une partie de la dette en investissements et projets de développement.
Énergie, eau et transition verte : les nouveaux fronts
La coopération tuniso-allemande ne se limite plus aux secteurs industriels traditionnels.
L’Allemagne accompagne depuis plusieurs décennies la Tunisie dans des domaines devenus stratégiques : énergies renouvelables, efficacité énergétique, gestion de l’eau, agriculture, numérisation de l’administration et amélioration du climat des affaires.
Dans un contexte marqué par le changement climatique, la sécheresse et la pression croissante sur les ressources hydriques, ces secteurs pourraient devenir les principaux moteurs de la coopération future.
La transition énergétique représente également une opportunité majeure pour attirer davantage de technologies, de capitaux et de savoir-faire allemands en Tunisie.
120 949 touristes allemands en six mois
Le partenariat s’étend également au tourisme.
Au premier semestre 2026, la Tunisie a accueilli 120 949 touristes allemands, soit une progression de 6,6 % par rapport à la même période de 2025.
Sur l’ensemble de l’année 2025, près de 319 000 touristes allemands avaient visité la Tunisie.
Un potentiel encore important alors que Tunis cherche à diversifier ses marchés touristiques et à développer de nouvelles formes de tourisme à plus forte valeur ajoutée.
7 500 étudiants tunisiens en Allemagne
L’autre richesse de cette relation est humaine.
L’Allemagne est devenue la deuxième destination des étudiants tunisiens après la France. Près de 7 500 étudiants tunisiens étaient inscrits dans les universités et établissements d’enseignement supérieur allemands en 2024.
La coopération universitaire est également soutenue par le DAAD, dont le bureau de Tunis est opérationnel depuis 2012.
Au-delà des étudiants, la communauté tunisienne en Allemagne dépasse 135 000 personnes, avec une présence particulièrement importante dans les secteurs de la santé, des technologies, de l’éducation et de l’entrepreneuriat.
Ces compétences constituent un véritable pont humain et économique entre les deux pays.
Une relation qui veut changer d’échelle
La visite de Johann Wadephul intervient donc dans un contexte où les relations tuniso-allemandes disposent déjà d’une base solide : 70 ans de relations diplomatiques, des centaines d’entreprises allemandes, des dizaines de milliers d’emplois, des milliards de dinars d’échanges commerciaux, des milliers d’étudiants et une coopération active dans l’énergie, l’eau et la formation.
Le véritable enjeu est désormais de passer d’une coopération traditionnelle à une alliance économique plus structurée, capable de générer davantage d’investissements, de technologie, d’emplois et de valeur ajoutée pour la Tunisie.
Pour Tunis, l’enjeu est clair : faire de la proximité avec l’Allemagne un accélérateur de transformation économique.
Pour Berlin, la Tunisie représente un partenaire méditerranéen stratégique, à proximité immédiate de l’Europe et déjà profondément intégré à plusieurs chaînes industrielles européennes.
Après 70 ans de relations, la question n’est donc plus de savoir si la Tunisie et l’Allemagne sont partenaires, mais jusqu’où elles peuvent aller ensemble.




















