L’Africa AI Policy Lab de Lawyers Hub, vient de publier l’Africa AI Governance Index qui évalue les 54 États africains à partir de 80 indicateurs. Le classement couvre huit piliers: stratégie, réglementation, infrastructures et données, capital humain, innovation, éthique et inclusion, intégration régionale, mise en œuvre et impact.
Selon ce classement la Tunisie a été classée 10ème en Afrique avec un score de 2.12. En Afrique du Nord la Tunisie est 3ème après le Maroc et l’Egypte. Sur le continent africain, c’est le Rwanda qui arrive en première position avec un score de 3.25, suivi du Nigéria et le Bénin
Selon l’évaluation du rapport, l’Afrique du Nord aborde l’ère de l’IA en tant que sous-région africaine la plus active sur le plan stratégique et la plus performante. Elle figure également parmi les plus inégalitaires en interne. L’économie politique de la sous-région se structure selon des lignes de démarcation bien connues. L’Égypte et le Maroc agissent comme des pôles de stabilité à revenu intermédiaire, dotés d’infrastructures solides et bénéficiant d’un accès aux capitaux internationaux, d’excédents énergétiques ainsi que de la proximité des marchés européens et du Golfe ; l’Algérie et la Tunisie allient des systèmes d’enseignement supérieur public performants et un important vivier de talents en ingénierie à des modèles économiques pilotés par l’État, lesquels ont mis plus de temps à transformer leur potentiel de recherche en capacités commerciales liées à l’IA ; enfin, la Libye, la Mauritanie et le Soudan se situent à l’autre extrémité du spectre, où c’est la capacité de l’État lui-même — bien plus que l’ambition en matière d’IA — qui constitue le principal facteur limitant.
Au niveau du pilier « Stratégie et vision », six des sept États ont adopté ou officiellement lancé des stratégies nationales en matière d’IA depuis 2019, faisant de cette zone la sous-région africaine la plus avancée en la matière. La stratégie nationale « IA 2025–2030 » de l’Égypte et le programme « Maroc IA 2030 » définissent les objectifs les plus détaillés et assortis d’indicateurs clés de performance; l’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie ont chacune adopté des feuilles de route pluriannuelles structurées autour de piliers définis.
Au niveau du pilier «Gouvernance et réglementation », les pays de la région ont des législations sur la protection des données mais aucun pays n’a adopté de loi contraignante et globale sur l’IA. Le projet de loi-cadre « Digital X.0 » du Maroc et le projet de loi sur l’IA en cours d’examen en Égypte représentent les initiatives législatives les plus avancées ; l’Algérie et la Tunisie s’appuient sur des textes modifiés relatifs à la protection des données, faute de règles spécifiques à l’IA.
Pour le pilier « Infrastructures et données » c’est le Maroc et l’Égypte qui constituent les piliers de la capacité de calcul régionale. Le déploiement multisite du Maroc comprend un campus Naver/NVIDIA de 500 MW, une installation de 100 MW à Dakhla et un pôle de 386 MW à Tétouan, tandis que le marché égyptien des centres de données connaît une croissance annuelle d’environ 20 %. La Tunisie dispose de pôles modestes et l’Algérie en est encore au stade de la numérisation du secteur public.
Concernant le pilier « Innovation et écosystème » ce sont encore le Maroc et l’Egypte qui excellent. Les startups marocaines ont levé environ 95 millions de dollars US en 2024 — soit près du triple du montant de 2023 —, tandis que l’Égypte vise à atteindre plus de 250 entreprises spécialisées dans l’IA d’ici 2030. En Algérie, le Fonds national pour l’IA et le portail de services numériques « Dzair » témoignent d’une dynamique émergente impulsée par l’État, et la Tunisie poursuit des projets pilotes actifs dans les secteurs de la fintech et de la healthtech.
Il est évident que selon ce rapport la Tunisie est loin d’exploiter son potentiel à la lumière d’une mauvaise gouvernance ou une gouvernance laxiste. En effet, qu’est ce qui empêche les députés à l’assemblée nationale de présenter un projet de loi ambitieux pour la gouvernance de l’IA au lieu de s’intéresser à des lois qui ne sont pas prioritaires aujourd’hui ?
Pourquoi la Tunisie ne lance t-elle pas un grand projet d’investissement pour les privés pour investir dans des datacenters géants au Sahara tunisien alimentés par l’énergie solaire ?
Zutant de projets et initiatives qui peuvent faire de la Tunisie un grand hub régional pour l’IA. De l’autre côté, le Maroc et l’Egypte sont en train de se détacher, et la Tunisie restera à la traine alors que son potentiel en matière de ressources la place en pole position.





















