L’importation et la distribution du sucre en Tunisie sont un monopole de l’Office du Commerce de Tunisie. Une entreprise publique sous tutelle du ministère du commerce chargée d’importer et approvisionner le marché par des produits stratégiques (café, thé, sucre, riz…). Le sucre est un produit subventionné par la caisse générale de compensation.
Hausse des cours mondiaux de 20% :
Depuis quelques semaines les marchés mondiaux du sucre s’affolent sous l’effet de facteurs climatiques et géopolitiques. Cette situation a eu pour conséquence directe la hausse des cours mondiaux. Selon la bourse de New York, les cours mondiaux ont connu une hausse de 18 à 20% depuis le début du mois d’août.
Une pluviométrie abondante au Brésil, principal producteur mondial, a retardé les récoltes. Les industriels brésiliens de leurs côtés préfèrent aujourd’hui la production d’éthanol que du sucre suite à la hausse des cours mondiaux du brut.
Des prévisions d’une baisse importante de la production à l’échelle mondiale ont aussi augmenté les prix pour des livraisons à la fin 2026 et en 2027.
L’OCT paye la note salée :
La Tunisie est malheureusement importateur net de sucre. Nous sommes donc largement affecté par les cours mondiaux. Nous sommes l’un des grands consommateurs de sucre par habitant avec une consommation moyenne de 34 Kg par personnes par an (sucre brut et ajouté) alors que la moyenne mondiale est de 26 Kg.
Au mois de Juillet le prix du sucre a augmenté de 9,9 % à l’échelle mondiale. La Tunisie a importé 431.2 milles tonnes (en hausse de 300%) pour un montant de 770 millions de dinars en hausse de 339.3% selon les chiffres de l’observatoire National de l’Agriculture.
Pour s’apercevoir de l’importance des quantités importés et leurs coûts on peut comparer avec le mois de Mars 2026. Durant ce mois la Tunisie a importé 153 milles tonnes pour un montant de 314.7 millions de dinars soit une hausse de 510% par rapport à la même période de 2025. Au mois de Mars 2026 les cours mondiaux du sucre ont enregistré une hausse de 30.4%. En moyenne et en temps normal la Tunisie importe 370 milles tonnes de sucre.
Le coût de cette hausse des quantités importées et des prix est supporté par l’Office du Commerce de Tunisie. En effet, les prix à la vente pour les ménages ou pour les industriels est fixé quelque soit les prix mondiaux. L’Office ne reçoit que 10 millions de dinars chaque année de la part de la caisse générale de compensation alors que la subvention dépasse les 100 millions de dinars annuellement selon les circonstances. Cette situation a nettement augmenté le déficit structurel de cette entreprise publique qui a dépassé les 200 millions de dinars. L’office a aujourd’hui des difficultés à mobiliser de l’argent pour honorer ces contrats auprès des fournisseurs. Même les banques tunisiennes ne luis prêtent pas sans garantie de l’Etat.
La situation financière de l’office a poussé à l’annulation de plusieurs dettes accumulées — notamment celles dues à la douane, les amendes, les pénalités de retard et les contentieux liés à la non-régularisation de certaines déclarations douanières avant le 1ᵉʳ janvier 2025, selon l’article 42 de la loi des finances pour cette année. Une véritable bouffée d’oxygène pour une entreprise publique historique qui agonise.
Au passage, la Société tunisienne du sucre, qui n’a que seul fournisseur l’Office du Commerce, a bénéficié d’un effacement de dette qui a atteint plus de 2.7 milliards de dinars selon l’article 43 de la loi des finances.
La crise financière de l’office risque de s’aggraver durant les prochains jours à cause du sucre et la note sera salée certainement.
Il est important aujourd’hui de libéraliser l’importation du sucre pour les grands consommateurs tel que les producteurs de boissons gazeuses, de boissons alcoolisés ou d’industriels de la confiserie et des biscuits. L’office se charge seulement de l’importation du sucre pour les ménages. Cette libéralisation pourra avoir un impact sur les prix à la vente de certains produits à cause des changements brusques dans les cours mondiaux du sucre.
L’office ne peut pas continuer à vivre une telle situation.





















